Politique au Proche-Orient : la diplomatie française à la "Tintin"

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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La décision prise par Donald Trump de reconnaître officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël va-t-elle infléchir la politique française ?

Rafales, Airbus, métro, tramway et assez de blindés pour faire un embouteillage… Jeudi au Qatar, Emmanuel Macron a réalisé une opération juteuse à 11 milliards. Il y a un mois, à Abu Dhabi, le président a scellé un accord pour un fonds d’investissement, deux corvettes de haute mer, de l’eau, du solaire… Ça rappelle Tintin : Le pays de l’or noir, Coke en stock, Les Cigares du Pharaon, et toujours le senhor Oliveira de Figueira qui vend au milieu du désert parapluie, sirop pour la toux et cage à oiseaux.

Oliveira, Macron, même combat. Le senhor Oliveira est toujours en marche. Sa faconde fait merveille. Sauf qu'il a des clients arabes, pas une politique arabe. Il a une chaise sur le pas de sa porte, pas un siège au Conseil de sécurité de l'ONU. C’est un homme paisible, mais il ne prétend pas imposer la paix à l’horrible docteur Muller, qui complote une guerre pétrolière. Les présidents français font exactement comme le senhor Oliveira, prêts à vendre à peu près n’importe quoi, mais en plus, ils voudraient qu’on les prenne pour Tintin.

Les limites de l'influence française. Et pour cause, Emmanuel Macron a fait savoir mardi qu’il avait téléphoné à Donald Trump pour le mettre en garde sur Jérusalem. C’était une façon d’afficher son standing, et son opposition. Ça manifeste aussi les limites de son influence, car le Donald n’a pas changé d’avis, pas plus que l’invitation le 14 juillet ne l’avait dissuadé de dénoncer l’accord sur le climat. Le président Macron a désapprouvé, mais n’a pas condamné. À quoi bon se fâcher ? Vendredi, au Conseil de sécurité, la France dira qu’elle ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem, ce qu’elle répète depuis 50 ans, et qu’elle répétera dimanche à Benjamin Netanyahou. C’est une posture équilibrée. Cela ne fait pas une politique.

La France pas si inutile. Pas un seul Israélien ne compte sur Paris pour le protéger du terrorisme. Aucun Palestinien n’imagine que la France puisse empêcher la colonisation. La France n’a pas les moyens de donner des garanties de sécurité. Mais elle peut se rendre utile. Comme vendredi matin, en faisant la quête pour le Liban. Finalement, c’est dans le Golfe que la France a le plus de crédit parce que depuis 25 ans, elle s’est peu à peu alignée sur les positions des pétromonarchies en s’opposant à l’Iran. C’est grâce à cela qu’Emmanuel Macron peut inaugurer le Louvre à Abu Dhabi, puis gagner ensuite le Qatar que ses voisins rancuniers ont pourtant mis en quarantaine.

Même le senhor Oliveira n’aurait pas osé monter son stand des deux côtés d’une ligne de front. En fait, c’est plutôt l’horrible et élégant Docteur Muller qui manipule les uns et les autres, et ressemble le plus à un diplomate.