Affaire Khashoggi : Erdogan, le maitre chanteur

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L'édito international est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h30 - 9h
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Dans l’affaire Khashoggi, il y a depuis le début un justicier à l’œuvre.

Ou un maitre-chanteur, c’est souvent pareil. Le pouvoir turc fait payer leur crime aux saoudiens. Il a manipulé les journalistes pour faire monter les enchères. Et hier, le Président Erdogan avait promis toute la vérité.
On était donc planté devant le poste, comme on écoute Hercule Poirot pérorer quand l’intrigue se dénoue. Mais le Président turc n’a pas montré la vérité toute nue, comme promis, c’était plutôt la danse des sept voiles, qui cachent autant qu’ils dévoilent l’interdit.
On attendait les enregistrements du meurtre. Bernique. Il n’a pas exhibé le bout du cadavre qui aurait été retrouvé dans le jardin du consul. Pas même un doigt dont la police prétend qu’ils ont été coupés pour punir Khashoggi d’avoir écrit des insanités sur le royaume dont le prince est un enfant, un enfant gâté, rageur, tout puissant. Erdogan d’ailleurs n’a pas dit un mot de MBS qu’il déteste, il a rendu un hommage hypocrite au Roi Salman.

Il en attend une sévérité exemplaire.

Quand il était footballeur, Recep Tayyip Erdogan savait s’ouvrir un chemin dans la défense adverse mais il ratait toujours le but. Hier, c’est exprès qu’il a shooté à côté.
MBS lui avait envoyé en urgence son cousin, le prince Al Faycal. Donald Trump lui avait dépêché la directrice de la CIA.
Ces deux-là ont trouvé les arguments. La Turquie aimerait que les Américains lui épargnent une amende écrasante pour avoir contourné les sanctions contre l’Iran. Que les Saoudiens lui accordent crédit à taux réduit, réduction de dette, contrats pétroliers, et encore plus d’investissements dans l’immobilier.
Ce n’est pas un nouveau sultan ottoman, grand frère de tous les Frères musulmans qui est apparu à la télévision, mais un marchand du bazar, qui palabre.
Un peu plus tard à Ryad, MBS a fait une apparition, applaudi très fort à son Davos du désert qui n’était pas si désertique que cela.
Il lui reste quinze jours à tenir. Début novembre, les élections du Mid term passés, l’administration américaine retrouvera le cynisme ordinaire de sa realpolitik en orient. Et un nouveau train de sanctions contre l’Iran redonnera au pétrole saoudien toute sa valeur.