Achat du Groenland : incident diplomatique entre les États-Unis et le Danemark

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

C’est l’incident diplomatique le plus incroyable de ces dernières années. Donald Trump a annoncé ce mercredi l’annulation de sa visite d’État prévue début septembre à Copenhague. La Première ministre du Danemark a refusé d’étudier sa proposition d’acheter le Groenland.

C’est tout à fait stupéfiant ! Que ce soit la proposition de rachat du Groenland d’ailleurs, que tout le monde traitait jusqu’alors avec une certaine ironie (voire un peu de légèreté) puisque personne n’y croyait sérieusement. Mais plus encore, l’annulation de ce voyage officiel pour un motif aussi futile et parfaitement assumé. Dans le tweet présidentiel qui a précédé l’annonce officielle de la Maison Blanche (comme c’est désormais la règle), Donald Trump explique benoîtement qu’il repousse sa rencontre avec la Première ministre dans la mesure où son refus "de discuter l’achat du Groenland" l’incitait à "faire faire des économies d’efforts et d’argent aux États-Unis". Comme si cette hypothétique transaction, qui n’avait jamais été mise sur la table des négociations auparavant, était subitement devenue le seul et unique sujet digne d’intérêt dans les relations entre deux alliés membres de l’Otan. La reine du Danemark a réagi tout en subtilité et s’est déclarée "surprise". À l’évidence, elle ne l’était pas moins que l’ambassadrice des États-Unis à Copenhague qui, quelques minutes seulement avant que ne tombe le couperet de la Maison-Blanche, annonçait sur son propre compte tweeter "ici tout est prêt pour recevoir le président des États-Unis".

Qu’est-ce qui a pu pousser Donald Trump à un tel entêtement sur cette question du Groenland ?

Derrière cette manière tout à fait cavalière (et très contre-productive d’aborder le sujet) se cache quand un même un enjeu stratégique majeur. Car avec le réchauffement climatique, les glaces ont sérieusement fondu autour de la calotte polaire arctique, découvrant d’immenses gisements de matières premières et de ressources précieuses. Mais surtout, ouvrant deux nouvelles routes maritimes qui (selon les météorologues) permettrait d’ici à 2035 de raccourcir de 40% le trajet entre la Chine et l’Europe, au moins pendant les mois d’été. À ce stade, les États-Unis contrôlent le passage du nord-ouest qui court le long de l’Alaska, puis du Canada. Alors que la Russie à la main sur le passage du nord-est qui longe son territoire sibérien avant de déboucher sur le Groenland. Il faut imaginer les enjeux… Moscou est d’ailleurs en train de mener des exercices militaires majeurs dans la région, les seconds en deux ans, pour soutenir ses revendications à l’extension d’1,2 millions de kilomètres carrés de sa zone d’exclusivité économique. La Chine s’intéresse évidemment à ce nouveau terrain de jeu de toutes les puissances mondiales et a ouvert, dès 2004, une station de recherche sur l'île norvégienne de Ny-Alesund. La France aux vieilles traditions d’expédition arctiques n’est pas en reste puisqu’un bâtiment de la Marine nationale a réalisé le premier trajet de 104 jours (6.000 kilomètres) dans ce fameux passage du nord-est, l’an dernier. L’intérêt de Donald Trump pour le Groenland (qu’il dépeint comme "une transaction stratégiquement intéressante") est donc tout à fait rationnel ce qui l’est beaucoup moins c’est son approche purement immobilière de l’affaire au mépris de tous les usages diplomatiques.