Aller travailler "au bureau", c’est terminé ?

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23:08
Les Éclaireurs est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Avec la crise du coronavirus, le télétravail s'est généralisé pour lutter contre la propagation du virus. Dans le douzième épisode du podcast "Les Éclaireurs", Matthieu Belliard prend le temps d’interroger Pascal Dibie, ethnologue, auteur d'une étude sur le "bureau" qu’il avait commencée bien avant l'arrivée de l’épidémie. Il nous explique qu'il ne s'agit pas uniquement d'un changement de décor pour les travailleurs mais bien d'une énorme révolution pour notre civilisation.

Au printemps dernier, avec le confinement, de nombreux Français ont découvert le télétravail. Or, il ne s'agit pas seulement de passer d'un open space à un bureau de fortune installé dans son salon, il s'agit aussi d'une révolution pour notre civilisation. Car cette question du lieu où l’on travaille, où l’on retrouve ses collègues, où l’on est sous la surveillance de son chef aussi, est centrale. C’est la base de l’organisation de toute notre société et c’est un enjeu de pouvoir.

Depuis quand allons-nous "au bureau" ? Quelles questions posent la fin du "contrôle" possible de notre temps de présence face à notre ordinateur ? D’où vient la peur qu’on ne travaille pas quand on n’est pas au bureau ? Dans le douzième épisode du podcast "Les Éclaireurs", Matthieu Belliard prend une nouvelle fois le temps d’écouter le monde changer. Avec son invité, l’ethnologue Pascal Dibie, auteur de Ethnologie du bureau, brève histoire d’une humanité assise (éditions Métailié), le présentateur de la matinale d'Europe 1 s'interroge sur notre vie au travail aujourd'hui et notre bureau de demain. 

 

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Trois idées à retenir pour prendre le temps d’écouter le monde changer

Le bureau est à la fois un lieu d'émancipation et de violence pour les femmes. (à partir de 13’07) "Dans les années 1930, le tertiaire a commencé à prendre une importance réelle dans la société et les gens ont pensé qu'à la différence de l'usine, un bureau était un lieu propre, et donc qu'éventuellement, on allait pouvoir confier sa fille à M. Dupont, qui dirigeait le bureau de Machin. Elle y passerait quelques années, le temps de rencontrer un mari... A l’époque, on les payait infiniment moins que les hommes. Mais la féminité était considérée. Le bureau était un intervalle dans la vie, en attendant de devenir une femme mariée", rappelle l'ethnologue qui précise que c'est à ce moment-là que pour la première fois des femmes sont devenues secrétaires. Mais le bureau est aussi un lieu de sexisme, pointe-t-il. Car quelle que soit l’époque, on cantonne les femmes à certains secteurs ou certaines activités.

La Révolution a créé les "fonctionnaires" (à partir de 7’50). "Avant la Révolution française, on pouvait travailler pour le roi. C'était une personne physique. Avec la Révolution française, on travaille pour l'Etat, qui n'est pas une entité définie réellement. Alors il a fallu convaincre les gens de travailler pour l'Etat", détaille Pascal Dibie. "Pour fidéliser les gens qui vont travailler pour les différents gouvernements qui vont se succéder, on va alors imaginer l'idée d'une aide sociale après la retraite. Aujourd'hui encore, quand on traite quelqu'un de fonctionnaire, ce qu'on lui reproche en gros, c'est d'être payé même quand il ne bosse pas". 

Les premières chaises de bureau avaient des roulettes (à partir de 11’10). "Au 19ème siècle, c'est le roulement à billes qui va changer radicalement nos façons d'être assis. Dans les immeubles modernes de l'Amérique des années 1930, les fauteuils vont être installés sur des rails avec des bureaux en longueur, de façon à ce que le bureaucrate puisse aller chercher un formulaire à gauche, un bouquin à droite, tamponner devant lui, etc", précise l'ethnologue. "Petit à petit, ça va passer de ce système de coulissement à un fauteuil ergonomique où l'on peut monter descendre, se basculer… Si bien qu'aujourd'hui, quand vous n'avez plus cette liberté de bouger, vous vous trouvez assez mal installé".

 

Références

"Ethnologie du bureau, brève histoire d’une humanité assise (éditions Métailié)

SON Edouard Baer dans le Film Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre

SON Elisabeth Borne Télétravail (30/10 Samain) Europe 1

 

 

"Les Éclaireurs" est un podcast Europe 1 studio

Présentation : Matthieu Belliard

Programmation : Juliette Bergé

Réalisation : Xavier Jolly

Cheffe de projet édito : Fannie Rascle

Diffusion et édition : Clémence Olivier

Graphisme : Karelle Villais

Direction d'Europe 1 Studio : Olivier Lendresse