Tolbiac : itinéraire d’une « fake news »

SAISON 2017 - 2018
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Tous les samedis dans l'émission Mediapolis, Claire Hazan revient sur l'actualité et la politique par le prisme des réseaux sociaux.

Claire Hazan aujourd’hui vous revenez sur l’évacuation de la fac de Tolbiac et sur cette rumeur née sur les réseaux sociaux : un étudiant serait dans le coma suite à l’intervention musclée des forces de l’ordre. Alors évidemment c’est faux, mais pendant 5 jours plusieurs médias ont soutenu l’inverse, contribuant à diffuser cette « fake news ».

 

Des réseaux sociaux qui amplifient tout, des témoins qui ont menti et des médias, certains, qui les ont cru volontiers, voilà le pitch derrière cette fausse information.

Retour en arrière.

Vendredi 20 avril, les CRS évacuent les étudiants qui occupent depuis 3 semaines la fac de Tolbiac.

Sur Twitter, des premiers messages font état d’une rumeur : un étudiant aurait été très gravement blessé, il serait dans le coma.

L’information est démentie par les autorités, mais reprise, témoignages à l’appui, par plusieurs médias, dont le site de Marianne, le site Reporterre et la webtv le Media, tenue par des proches de JL Mélenchon. Le Media qui a interrogé Leïla, une étudiante qui aurait assisté à la scène [SON]

 

Pendant quatre jours donc, l’info est prise en étau entre d’un côté les témoignages (il y aurait 3 témoins directs) et de l’autre les démentis officiels successifs (de la Préfecture, de la Ville et des hôpitaux de Paris).

La rumeur enfle, sur fond de complotisme et de soupçons de mensonges d’Etat.

Le plus simple serait de retrouver l’étudiant en question mais, pas de chance, il est introuvable.

Pour les uns, c’est bien la preuve que c’est une rumeur.

Pour les autres, c’est bien la preuve qu’on nous cache quelque chose. D’ailleurs, l’un des témoins raconte que des traces de sang ont été « nettoyées », comme pour dissimuler ce qui se serait passé.

 

Mais mardi, Libération met fin à la rumeur en publiant une enquête qui ne laisse pas de place au doute.

 

Retour aux bases, ils ont tenté de vérifier les trois témoignages.

Bilan:

Leïla, l’étudiante interrogée par le Media, n’a pas vraiment assisté à la scène. Les deux autres sont des SDF, dont l’un est introuvable et l’autre serait « perdu dans sa tête », comme le reconnaitra le lendemain le site Reporterre qui l’a initialement interrogé.

Les médias qui ont propagé la rumeur font donc leur mea culpa. Plus ou moins rapidement. Plutôt moins, en ce qui concerne la web TV Le Media, qui s’en tire avec des excuses tardives, et une vidéo de son cofondateur Gérard Miller, qui se dédouane avec une pirouette.

Voilà comment il justifie les faux témoignages (je cite) : « On ne peut pas en vouloir à ces étudiants d'avoir traduit la violence policière qu'ils ont subie ». Fin de citation.

On peut en revanche en vouloir à son media, d’avoir dans cette affaire sacrifié les bases du travail de vérification journalistique pour nourrir une vision militante des événements.

« La vérité qui nous arrange », c’est bien ça finalement la définition d’une fake news.

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