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Les Bleus sont réunis à Clairefontaine. Ils préparent les deux matches de Ligue des Nations contre l’Autriche jeudi et au Danemark dimanche. Dans une ambiance particulière. L’équipe de France, aujourd’hui, fait figure de vitrine craquelée d’une arrière-boutique du foot français assez sordide. 

On est champions du monde, oui ou non ? Depuis quatre ans, toute critique émise à l’encontre du football français se heurte inévitablement à cette réponse qui coupe court à toute discussion de fond. La coupe du monde en hiver a offert quelques mois de rab aux tenants de cette méthode Coué. Mais on voit bien qu’elle arrive au bout. On est le 18 septembre, et on est toujours champions du monde, certes. Mais le rassemblement des Bleus à Clairefontaine tient moins de la célébration des champions qu’à l’obligation de colmater les brèches.

Il y a d’abord le terrain, bien sûr. Vous l’avez dit, deux matches de Ligue des Nations attendent les Bleus, contre l’Autriche au stade de France jeudi, et dimanche au Danemark. Et c’est bien le spectre d’une relégation en Ligue B qui hante le Château. Avec la perspective peu engageante en cas de revers d’aller batailler en Finlande ou en Albanie avec des équipes de seconde zone. Avouez que ça sied peu à ceux qui ont remporté cette Ligue des Nations il y a moins d’un an. Tout va très vite, dans le football, comme on dit. Là, la France reste sur deux défaites et deux matches nuls dans cette compétition. Et elle ne sait pas bien avec quelles troupes elle part à la bataille cette semaine. Chaque jour ou presque, un nouveau forfait vient remplir l’infirmerie et vider le peu de confiance qui restait. Aujourd’hui, c’est le capitaine Hugo Lloris qui a jeté l’éponge, comme Theo Hernandez. Et avant eux Karim Benzema, N’Golo Kanté, Presnel Kimpembe, Kingsley Coman, Adrien Rabiot, ou encore Paul Pogba. Ce n’est plus une liste de forfaits, c’est un inventaire à la Prévert, des vents contraires sur le pré vert. L’ossature des champions se fissure chaque jour un peu plus. 

Encore plus que la liste des forfaits, c’est l’atmosphère autour des Bleus qui inquiète

 

Le terrain, les blessures physiques, rafistoler une équipe privée de plusieurs cadres, Didier Deschamps sait gérer. Le sélectionneur l’a prouvé à plusieurs reprises. Mais les blessures à l’âme, les suspicions vis à vis des coéquipiers, de leur famille, ou de leurs amis, c’est un peu plus délicat à gérer. Vous imaginez bien que l’affaire Pogba va resurgir, forcément, entre deux entraînements à Clairefontaine. Paul n’est pas là, il s’est fait opérer et a entamé une course contre la montre haletante pour être de ceux qui iront au Qatar. Il n’est pas là physiquement, mais il est bien présent dans toutes les têtes. Lui, son frère Mathias et plus largement son entourage. Paul Pogba a porté plainte pour extorsion de fonds, son frère est mis en examen et incarcéré. Ces Bleus-là se voient donc directement confrontés à l’idée d’être des cibles, des joueurs qui ont réussi au-delà de toutes les attentes et attisent l’envie et la jalousie de tout un tas de gens qui ne voient plus en eux que des coffre-forts potentiels. Vous ajoutez à ça les histoires abracadabrantes de maraboutage, et vous obtenez un cocktail plus proche du poison détonant que du philtre de la victoire. 

Et ce n’est pas la FFF qui peut servir de paravent.

 

La bourrasque qui souffle sur le football français ne s’arrête pas aux joueurs. Loin s’en faut. Le ministère des sports veut faire la lumière sur ce qui se passe dans les couloirs feutrés de la fédé, il a lancé un audit, une mission d’inspection après l’enquête de So Foot. Un papier qui pointe notamment le comportement déplacé qu’aurait le président Noël Le Graët envers les femmes, des sms scabreux, du harcèlement. Le président porte plainte pour diffamation. Autant dire que ça tangue autant dans l’arrière-boutique que dans la vitrine. Et pour ceux qui pensaient qu’il suffisait de tourner la tête vers le football au féminin pour retrouver un peu de sérénité, l’affaire Keira Hamraoui Aminata Diallo nous prouve le contraire avec fracas. Je ne sais pas où va le football français. Mais les signaux d’alerte clignotent à tous les étages. On est plus proche du château de cartes qui s’écroule que de la troisième étoile sur le maillot.