Rachat de clubs de foot français par des fonds américains : des sauveurs ou des fossoyeurs ?

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Chaque jour, la matinale d'Europe 1 revient sur l'un des événements sportifs qui fait l'actualité. Ce jeudi, Virginie Phulpin s'intéresse au rachat de clubs de foot français par des fonds d'investissement américains. Selon elle, le problème c'est qu'ils ne connaissent pas grand chose au football.

En une semaine, deux fonds d’investissement américains ont racheté deux clubs de foot français. Le Red Star et le SCO d’Angers. Le président angevin a annoncé la vente hier. Ces fonds privés américains sont à la fois les sauveurs et les fossoyeurs du football. 

Ca fait un moment qu’on ne mange plus local dans nos clubs de foot. Une vingtaine d’années que les investisseurs étrangers achètent des clubs européens. Il y a eu les oligarques russes, les pays du Golfe, les milliardaires chinois. Et plus récemment, les fonds privés américains. A court terme, ils sauvent bien souvent nos clubs. La pandémie est passée par là. Une saison de huis-clos dans les stades, ça laisse des traces. Le président du SCO d’Angers évoque 37 millions d’euros de recettes manquantes. Le fiasco de Mediapro n’a pas aidé non plus. Et aujourd’hui il y a des clubs qui souffrent de graves difficultés financières. Les vendre à ces fonds américains, c’est leur éviter de couler en injectant de l’argent immédiatement. Vous pensez bien que les investisseurs profitent de l’aubaine. Pas par grandeur d’âme, mais par opportunisme. Pourquoi pas d’ailleurs. Pour ces investisseurs américains, le foot européen est attractif. Le marché du sport aux Etats-Unis est saturé, ils se tournent donc vers d’autres cieux pour compléter leur stratégie sport. Regardez RedBird Capital Partners, qui a racheté le Toulouse Football Club, il y a 2 ans. C’est un poids lourd du sport américain. Il a des participations dans des clubs de baseball, de football américain, ou encore dans la Ryder Cup de golf. Et pour continuer à s’étendre, il s’est tourné vers l’Europe et a choisi le Téfécé. Avec réussite. Pas sûre que le club aurait été champion de Ligue 2 cette saison sans ce propriétaire qui a misé sur le potentiel de la ville de Toulouse, des supporters de l’équipe, et qui avait pour objectif premier de remonter dans l’élite. Ca peut être donc être très efficace. 

Le problème c’est que ces fonds d’investissement ne connaissent pas forcément grand-chose au football.

 

Ce qu’ils veulent c’est un retour rapide sur investissement. Sauf que ça ne marche pas comme ça. On vient de parler d’une réussite, à Toulouse. Mais il ne faut pas aller chercher bien loin l’exemple inverse. Les Girondins de Bordeaux. A moins d’un miracle, ils seront en Ligue 2 dans 2 jours. Quand le fonds d’investissement King Street a repris le club en 2018, ça peut presque faire sourire aujourd’hui, mais l’objectif annoncé, c’était de rivaliser avec le PSG. Une stratégie bancale, des erreurs à tous les niveaux, mais surtout sportivement faute de connaissances, et King Street a fini par partir en rase campagne il y a un an, laissant le club à ses errances. Le rêve américain peut très vite se transformer en cauchemar. Le foot n’est pas un investissement comme un autre. Dans un club, il y a un environnement local, une culture club spécifique à chacun, les relations avec les supporters qui ont une grande importance aussi. Et ça ne se dilue pas forcément dans une stratégie économique et sportive globale. Le vocabulaire dit souvent beaucoup de choses. En NBA, pour les équipes, on parle de franchises. Dans le foot européen, on va continuer à parler de clubs plutôt.