Jeux olympiques de Tokyo : face aux incertitudes, la difficile préparation mentale des sportifs

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© Europe 1
L'édito sport est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin Virginie Phulpin livre son regard sur l'actualité sportive. Ce mardi, elle revient sur la difficile préparation psychologique des sportifs qui doivent participer aux prochains Jeux Olympiques, à Tokyo. Les incertitudes sur la tenue de ces JO complique cette préparation, selon elle.

Les jeux olympiques de Tokyo auront-ils lieu ? A deux mois et demi de l’événement, on peut encore se poser la question. Et s’ils ont bien lieu, à quoi vont-ils ressembler ? Pour Virginie Phulpin, ces Jeux vont davantage ressembler à un test psychologique qu’à une épreuve physique...

"J’imagine presque une voix off au ton solennel comme dans les bandes-annonces des superproductions hollywoodiennes. Qui sera le plus résistant ? Qui va craquer ? Quand vous êtes sportif de haut niveau, les Jeux olympiques, c’est la quête d’une vie. Et ça fait un an que vous êtes pris dans une essoreuse émotionnelle. En 2020, alors que les athlètes étaient en pleine préparation, les JO ont été reportés. À l'époque, il se passe des choses plus graves dans le monde.

Depuis, on a réenclenché la machine. Mais toujours avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Les Jeux auront-ils lieu et, si c’est bien le cas, à quoi ressembleront-ils ? Le CIO essaie de rassurer tout le monde. Rien ne peut empêcher la tenue de l’événement. Mais personne n’est totalement serein. Les Japonais n’en veulent toujours pas et même moins que jamais.

Une pétition circule depuis ce week-end pour réclamer l’annulation des JO. Plus de 250.000 personnes l’ont déjà signée. Donc non seulement les athlètes sont dans l’incertitude, mais en plus ils savent qu’ils ne seront pas accueillis à bras ouverts. Psychologiquement, c’est dur.

Ils doivent donc trouver des solutions pour se préparer au mieux à ces Jeux incertains...

Ce qu’ils savent parfaitement gérer, eux, c’est le stress de la préparation à une compétition. Ça, c’est leur quotidien. Mais là, ils doivent aussi gérer l’impondérable, ce qu’ils ne maîtrisent pas. Et c’est beaucoup plus difficile. A l’Insep, les sportifs sont entourés par des psychologues. Il y a eu un vrai effort auprès des équipes de France et cela me semble indispensable.

Parce qu’ils ont des questionnements très différents de ce qu’ils vivent d’habitude : sur la menace plus ou moins fantasmée d’une annulation, la peur presque irrationnelle d’être testé positif juste avant d’entrer en lice malgré la protection vaccinale qui avance et la crainte de se retrouver seul, sans proches ni staff, au moment de la compétition. Ils doivent faire le deuil de ce côté réunion de famille des JO.

Teddy Riner avait initialement réservé des chambres d’hôtel pour tous ses proches à Tokyo. Là, il sera seul ou presque. Et mine de rien, ça peut être vertigineux pour les sportifs. Mais je pense que le plus dur, c’est qu’on leur demande de plus en plus s’ils ont conscience de faire prendre un risque aux Japonais en participant aux Jeux. Franchement, que certains critiquent le CIO qui veut ces Jeux coûte que coûte, pourquoi pas. Mais faire culpabiliser des sportifs déjà en proie à de nombreuses interrogations existentielles, il ne faut pas pousser."