EDITO - Coronavirus : est-il raisonnable d'appeler aux urnes 44 millions de Français ?

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© Europe 1
Le fait politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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L'intervention télévisée d'Emmanuel Macron marque un tournant dans la gestion de la crise provoquée par la pandémie du Covid 19. Pour y faire face, le Président a annoncé, l'air grave, des mesures exceptionnelles et appelé à la mobilisation de tous.

Cette déclaration solennelle correspondait à un besoin, une attente des Français. La preuve, elle a réuni près de 25 millions de téléspectateurs, un record absolu, du jamais vu.

Elle a duré 27 minutes, un peu trop longue, mais le Président ne sait pas faire court. Il a annoncé la mobilisation générale. Fini la défense élastique du cas par cas, qui pouvait laisser croire que Paris minimisait les périls alors que déjà, nos voisins, l'Espagne, l'Irlande, la Suisse, la Belgique, et bien sûr en premier, l'Italie, avaient déjà choisi les mesures fortes. Les scientifiques, qu'Emmanuel Macron a consultés et auxquels il accorde sa confiance --et il les cite à plusieurs reprises-- l'ont convaincu qu'il fallait frapper fort pour contrer "la plus grave crise sanitaire qu'est connue la France depuis un siècle". D'où, dès lundi, la fermeture des crèches, des écoles, des lycées, des universités, et les conseils à tous de limiter les déplacements au strict nécessaire. Les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits.

On s'attendait à un report des élections municipales, le bruit en avait couru toute la journée.

La question "est-il raisonnable d'appeler aux urnes 44 millions de Français ?" a fait débat à l'Elysée. Le Président y a sérieusement songé, après avoir consulté tous les responsables des familles politiques, qui tous ont dit non... "Ce serait un coup d'Etat", s'indignait Christian Jacob. L'Elysée a renoncé, "j'ai interrogé les scientifiques, ils considèrent que rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, aillent voter". Emmanuel Macron a bien fait de ne pas bousculer la date des scrutins municipaux. Les Français, dans une grande majorité, lui en savent gré. Cela aurait engendré trop de polémiques, il aurait été accusé de les avoir repoussées parce que les résultats s'annoncent peu favorables aux candidats En Marche. Un mauvais coup politique !

Alors que le printemps arrive dans 7 jours, l'Europe entre en hibernation... Tout s'arrête...

Les mesures auxquelles les pays, mais pas qu'en Europe, ont aujourd'hui recours, viennent de très loin, du Moyen-Age. Au 14ème siècle, Venise fut mise en quarantaine lors de la grande peste qui fit périr un tiers de la population européenne. 700 ans plus tard, la ville est à nouveau confinée, avec le reste de l'Italie, pays européen le plus touché par le virus. Seul le Pape juge que les mesures draconiennes ne sont pas toujours bonnes, et il conseille à ses prêtres d'aller visiter les malades.

A l'heure de la mondialisation, chaque Etat, pour freiner l'épidémie, ferme ses frontières, replie sa nation sur elle-même. Et c'est sans doute ce qui rassure le plus les populations. On se dit qu'après tout, les Chinois, d'où nous est venu le mal, a montré l'exemple en mettant une région entière à l'arrêt, et ils s'en sortent... "C'est fini", disent-ils, au point d'accuser aujourd'hui l'extérieur. Pour la première fois, les 11 nouvelles contaminations seraient le fait de personnes venant de l'étranger. Du coup, Pékin met en quarantaine obligatoire toute personne qui arrive d'un autre pays. La Chine, qui s'offre le luxe de donner une leçon de solidarité aux Allemands et aux Français en envoyant aux Italiens un cargo chargé de masques !

Dans tous les pays, les populations acceptent ces mesures... Et on s'interroge : combien de temps cela va durer ?

Quand ? Quand on sera guéri... Mais la crise économique aura peut-être fait beaucoup d'autres morts. Le Président Emmanuel Macron l'a dit : il est prêt à mettre le paquet. D'abord sur la santé, qui n'a pas de prix dit-il. Mais alors que les tensions sont encore vives à l'hôpital, il dit que grâce à cette crise, l'hôpital va recevoir des moyens financiers que beaucoup n'osaient plus espérer, "Nous en sortirons avec un système de santé encore plus fort", dit-il, ajoutant : "cette pandémie révèle qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Emmanuel Macron le découvre : la santé est une richesse dans un pays... La révolution...