Les "gilets jaunes" ont une responsabilité en créant les conditions des violences"

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L'édito du JDD est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Chaque dimanche, Hervé Gattegno, directeur de la rédaction du "Journal du dimanche", livre son édito sur Europe 1.

Bonjour Hervé Gattegno. Après les nouvelles violences d’hier sur les Champs-Elysées, la droite et le Rassemblement national accusent Emmanuel Macron et le gouvernement de négligence dans le maintien de l’ordre. D’après vous, est-ce que cette polémique est justifiée ?

Evidemment. Je ne vois pas comment on pourrait se contenter une fois de plus de chiffrer les dégâts et de compter les interpellations. Donc oui, il y a des responsabilités qui peuvent être mises en cause et il est normal que le gouvernement, dont c’est le devoir de protéger les personnes, les biens et l’ordre public, soit questionné après des scènes aussi révoltantes. Maintenant, il faut quand-même dire que la première responsabilité, c’est celle des casseurs, qui ne sont pas des manifestants parce qu’ils ne sont là que pour détruire, saccager.

Et tant pis si ça dérange, mais je veux dire qu’il y a aussi une responsabilité des "gilets jaunes" qui créent les conditions de ces violences – certains y prennent part, d’autres y assistent sans broncher. Est-ce que c’est une complicité, comme le dit Emmanuel Macron ? C’est au moins de la complaisance – une complaisance coupable.

Outre les critiques sur la sécurité, le président s’est également fait reprocher son week-end au ski dans les Pyrénées, au moment où la violence se déchaînait à Paris. Là-dessus aussi, vous êtes d’accord ?

Pour que le pouvoir soit défendu, il faut qu’il soit défendable. Cette semaine, on a découvert dans la presse people des photos du ministre de l’Intérieur en train de festoyer de façon assez délurée quelques heures après une précédente manifestation des "gilets jaunes" : c’était déjà désinvolte et discutable. Qu’ensuite le président prenne un weekend au ski, ce n’est pas bien grave ; mais quelle curieuse idée de faire ça au moment où tout le monde redoutait que les "gilets jaunes" et les casseurs se déchaînent à Paris…

Au minimum, c’est une sottise. Au pire, c’est une forme d’arrogance – en tout cas ça peut être pris comme ça. Certains diront vite : c’est sa pente naturelle. Comme il a dû rentrer précipitamment à Paris, je dirais qu’il était sur une mauvaise pente.

Du coup, il a annoncé hier soir des "mesures fortes" pour que tels événements ne puissent pas se reproduire. Qu’est-ce qu’il peut faire exactement ?

C’est là que tout le monde doit bien réfléchir. La loi anticasseurs qui vient d’être votée, si on l’applique strictement, permet d’écarter ces individus, qui sont des fous furieux, des dangers publics, avant qu’ils se mettent à casser. Mais cette loi, elle a été jugée trop sévère par beaucoup de gens. Quand on voit des scènes pareilles, il faut bien que la police intervienne par la force – donc sans doute avec encore plus de moyens. Et qu’on arrête de dire d’un côté qu’il faut bien distinguer les casseurs et les "gilets jaunes", et de l’autre côté que quand la police charge les casseurs, c’est le droit de manifester qu’on attaque. Ce qui est désespérant, c’est que ceux qui ont défilé hier contre le climat, eux n’ont rien cassé – et du coup, on en a bien moins parlé alors qu’ils étaient bien plus nombreux.

Et en Algérie, c’est tout un peuple qui défile. Sans violence mais avec la force du nombre et de la conviction, face à un pouvoir autocratique, appuyé par l’armée. C’est un exemple incroyable, qui devrait nous faire honte. Les "gilets jaunes" avaient promis qu’ils marcheraient sur Paris. Je me demande si, en France, on n’est pas tous en train de marcher sur la tête.