Remontée d'Emmanuel Macron dans les sondages : "Les "gilets jaunes" avaient gagné la première manche, il est en train de gagner la deuxième"

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L'édito d'Hervé Gattegno est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Chaque dimanche, Hervé Gattegno, directeur de la rédaction du "Journal du dimanche", livre son édito sur Europe 1.

 

Bonjour Hervé Gattegno. Cette semaine, le président a continué son tour de France avec le "Grand débat" et pour la première fois depuis assez longtemps, sa cote remonte dans les sondages. Est-ce que, d’après vous, c’est le signe qu’il est en train de réussir ?

Ses sondages sont meilleurs, c’est vrai, mais il est encore assez bas – donc n’exagérons pas cette petite embellie. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a une ambiance différente, peut-être que les regards changent un peu sur Emmanuel Macron depuis qu’il descend dans l’arène. Il a commencé devant des maires, la semaine dernière, cette semaine il s’est invité par surprise dans une réunion de citoyens. C’est direct, il faut admettre qu’il est assez bluffant, parce qu’il est à l’écoute et qu’il a des réponses précises sur tous les sujets.

Et puis le fait est que les chiffres du chômage qui viennent d’être publiés sont bons aussi, ça fait longtemps qu'Emmanuel Macron n’avait pas eu autant de bonnes nouvelles en quelques jours. Disons que les "gilets jaunes" avaient gagné la première manche ; Emmanuel Macron est en train de gagner la deuxième. Il a été offensé par les attaques, maintenant il est à l’offensive.

Dans le JDD, vous publiez aujourd’hui un sondage d’où il ressort que les Français veulent que le président change à la fois son style et sa politique. C’est ça, la vraie condition pour sortir de la crise ?

Alors ça je n’en suis pas sûr du tout. Incontestablement, il y a une mauvaise impression qui s’est installée sur son attitude – par exemple sur ses formules à l’emporte-pièce, sa façon de faire la leçon à ceux à qui il s’adresse. Mais ce que montre ce sondage, c’est un malaise plus profond. Sa politique économique et sociale est rejetée par 8 Français sur 10, et même par la moitié de sympathisants macronistes eux-mêmes. Seulement on sait bien aussi que c’est toujours dangereux pour un président de changer de politique, ça peut aussi donner l’impression d’une forme d’inconstance, ou même de faiblesse.

La réalité, c’est qu’Emmanuel Macron a déjà cédé – il a lâché 10 milliards aux "gilets jaunes". Mais il est comme tous ses prédécesseurs : quand il change, il ne veut surtout pas l’admettre. Le résultat, c’est qu’il apparaît comme quelqu’un qui refuse de changer, alors qu’il refuse seulement de le dire.

Mais on voit bien que pour les "gilets jaunes", et donc pour une majorité de Français, les mesures qui ont déjà été prises ne suffisent pas. Qu’est-ce qu’il peut encore changer pour se réconcilier avec l’opinion ?

C’est le plus difficile, pour ne pas dire l’impossible. Pour ce qui est des "gilets jaunes", on peut relever qu’ils exigent une politique directement faite par les citoyens, parce que les élus trahissent leurs promesses, mais ils attendent d’Emmanuel Macron qu’il abandonne, lui, le programme sur lequel il a été élu – ce n’est pas très cohérent. Et puis le fait est qu’Emmanuel Macron subit les critiques de tous les côtés de l’échiquier politique. La gauche réclame une politique plus sociale, la droite veut la baisse des dépenses publiques – et l’extrême-droite ne trouve par principe rien de bon dans tout ce qu’il fait.

Donc quoi qu’il fasse, les soutiens qu’il peut gagner d’un côté, il risquera toujours de les perdre de l’autre. C’est de cette façon que fameux "et-en-même-temps" est peut-être en train de se retourner contre lui. A l’origine, c’était une tactique qui permettait de conjuguer les bonnes idées de la droite et de la gauche. A l’arrivée, c’est ce qui fait qu’il ne peut satisfaire ni la droite ni la gauche. C’était une martingale, c’est presque devenu une malédiction.