"La droite n'est pas morte, elle est au pouvoir"

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L'édito d'Hervé Gattegno est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Chaque dimanche, David Revault d’Alonnes du "Journal du dimanche", livre son édito sur Europe 1.

C'est une semaine horrible pour les Républicains : une défaite historique aux européennes, un président qui démissionne, Laurent Wauquiez, une présidentiable qui prend le large, Valérie Pécresse. La droite est morte, ou presque, non ?

Détrompez-vous : la droite est au pouvoir. A ceux qui l’ignoraient encore, on rappellera que mercredi prochain, c’est Edouard Philippe qui prononcera un discours de politique générale. Discours qui lancera l’acte II du quinquennat. Edouard Philippe, vous savez, c’est ce Premier ministre qui vient de la droite. Un proche d’Alain Juppé qui occupe Matignon depuis deux ans, et qui n’a pas l’intention de partir. Ajoutez à cela Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy, les deux ministres qui tiennent les cordons de la bourse. Sébastien Lecornu aux Collectivités locales, Jean-Michel Blanquer à l’Education nationale. Ça représente toute de même un pack de ministres importants qui sont issus de l’ex-UMP, e t qui ont bien l’intention de peser lourd dans les choix du gouvernement.

Ça veut dire que le "en même temps à droite et à gauche" du candidat Macron en 2017, c’est fini ? C’était juste pour la campagne présidentielle ?

Alors Emmanuel Macron a rappelé, lors du premier conseil des ministres qui a suivi l’élection européenne, il y a dix jours, que le "en même temps" était d’actualité et que le pouvoir était et "de gauche, et de droite". Sauf que dans les faits, c’est surtout, et de droite, beaucoup, et de gauche, très peu. Alors c’est vrai qu’il y a des députés plus à gauche dans la majorité qui essaient de peser pour que le discours de politique générale du premier ministre soit équilibré. Par exemple, pour qu’Edouard Philippe annonce que le gouvernement fera bien la PMA pour toutes les femmes.

Et puis, il y a au gouvernement des ministres qui viennent de la gauche, du Parti socialiste, et qui eux aussi commencent à s’organiser parce qu’ils considèrent que leurs collègues de droite sont un peu trop puissants. Et eux aussi aimeraient faire entendre leur sensibilité. Mais alors que le pack de droite est sur tous les ballons, l’équipe de gauche commence à peine à se structurer. Autant dire qu’il faudra attendre encore un peu pour qu’ils se fassent entendre.

Ça peut changer, non ? Ces ministres de gauche pourraient se teinter d’un peu plus de rose ou de vert, pour influencer la politique du gouvernement ?

On a l’impression que Emmanuel Macron, justement, n’en prend pas le chemin. D’abord parce que le président, qui était la vraie tête de liste de son parti pour les élections européennes, a bien regardé le résultat et a constaté qu’une bonne part des électeurs de François Fillon en 2017, cette fois, avaient voté pour lui. Il a regardé les sondages aussi, et s’est aperçu que sur les questions économiques, d’entreprise, etc…il était plus crédible que les Républicains. Donc il ne va rien lâcher sur ces questions.

Et puis il y a un dernier argument : alors que Les Républicains sont explosés façon puzzle, Macron sait parfaitement que c’est là que se trouvent les réservoirs de voix pour les prochaines municipales, en 2020. Beaucoup d’élus de droite qui sont terrifiés à l’idée de perdre leur mairie vu l’état de leur parti se rallient à Macron. Une tribune signée par 72 maires de droite et du centre dans le JDD aujourd’hui, confirme la tendance. Et c’est bien sûr ces élus de droite et du centre que Macron va chasser en priorité pour la prochaine élection. C’est la preuve que la droite n’est pas si morte, elle est juste, et de plus en plus, au gouvernement.