Les mots de la semaine : bordel et chienlit

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Le mot de la semaine est une chronique de l'émission Europe Matin - Week-end - 6h-9h
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Chaque dimanche, l’historien Bernard Fripiat revient sur l'origine d’un mot qui a été au cœur de l’actualité de la semaine.

Bonjour Bernard, cette semaine vu l’ambiance actuelle, deux mots vous ont interpellé : bordel et chienlit.

Il est vrai qu’on a du mal à s’y retrouver. Le gouvernement et les gilets jaunes eux-mêmes donnent l’impression de naviguer à vue.

Commençons par bordel !

Il attendra le 20ème siècle pour devenir synonyme de désordre sans pour autant perdre son sens premier de maison de tolérance. En ancien français, Bord désignait une cabane. Au Moyen âge, par souci de moralité, les notables décident de placer les prostituées dans des cabanes construites à l’écart des villes. Par souci de propreté, ils les installent près des cours d’eau. Preuve que certains notables devaient être aussi clients. Au 19ème siècle, Littré signale que bordel se disait autrefois bordeau.

Sauf qu’on dit bordel et non bordeau ?

Probablement, en raison de l’habitude de voir des pluriels en eau avoir leurs singuliers en el.Un oisel des oiseaux disait-on au Moyen âge. Naturellement, l’emploi de bordel est vivement déconseillé. Boileau lui-même, dans son art poétique, en fera les frais. Il avait écrit heureux si, moins hardi dans ses vers pleins de sel, il n’eût jamais mené ses muses au bordel. De chastes oreilles l’obligèrent à écrire heureux si ses discours craints du chaste lecteur, ne se sentaient des lieux que fréquentait l’auteur.

Et chienlit ?

Aucun rapport avec un chien ! Sinon, nous aurions dit chienlit. En 1534, Rabelais, dans Gargantua, place chienlit dans une série d’insultes entre fainéant et rustre. Pour en comprendre le sens, il suffit de séparer les trois syllabes chie enlit. Rabelais dénonçait celui qui, dans les bras de Morphée, s’oubliait. L’insulte a un certain succès et les enfants prennent l’habitude de se moquer des adultes en appelant chienlit les masques qu’ils mettent lors des carnavals. Normalement, ce mot aurait dû disparaître. D’ailleurs, l’académie le déclare populaire en 1932.

Puis, en 1968, De Gaulle intervient !

En lui inventant le sens de désordre. Par principe, les académiciens refusent les citations. À ma connaissance, chienlit est la seule exception : une sorte d’hommage à une invention lexicologique Gaulliste.  

Moralité !

Synonyme de désordre, bordel et chienlit possèdent un petit côté sympathique. Il faudrait tout de même penser à tous ces commerçants qui attendent les fêtes de fin d’année pour engranger les fruits de leur travail.