Le mot de la semaine - obsèques

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Le mot de la semaine est une chronique de l'émission Europe Matin - Week-end - 6h-9h
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Chaque dimanche, l’historien Bernard Fripiat revient sur l'origine d’un mot qui a été au cœur de l’actualité de la semaine

Bonjour Bernard, le 1er novembre vous a inspiré mot de cette semaine : obsèques.

Le latin obsequia désignait les personnes qui suivent un cortège, notamment un cortège funèbre. L’existence du mot exsequiae qui désignait les funérailles a aidé à former le latin chrétien obsequiae employé au pluriel qui donnera nos obsèques au 11ème siècle. Pour l’anecdote, exsequiae a donné l’ancien français exèques, mais on l’a enterré au 13ème siècle au profit d’obsèques. À ce propos, j’aimerais mettre fin à une idée répandue. Beaucoup croient qu’obsèques est masculin au singulier, (un obsèques) et féminin au pluriel de belles obsèques. Un peu comme délice ou amour.

Ce n’est pas le cas.

Non ! Obsèques est systématiquement employé au féminin pluriel depuis le 16ème siècle. Et dès 1694, l’académie précise qu’il est toujours féminin pluriel. Il n’a donc pas de singulier. Conséquence orthographique : si vous écrivez aucunes obsèques ne me conviennent, n’oubliez pas le "s" à aucune.

Pourtant il n’y en a aucune.

Oui ! Mais comme obsèques n’ayant pas de singulier est féminin pluriel, l’adjectif aucune doit s’accorder au féminin pluriel. Tant que nous sommes dans les gaietés de l’escadron, vous aimeriez démentir une idée reçue sur l’origine du mot croque-mort ! On entend souvent que ce mot s’explique par le fait qu’au moyen âge, nos aïeux croquaient l’orteil d’un homme afin de vérifier s’il était mort. Soyons pragmatique ! Imaginons un chevalier étendu sur le sol après la bataille d’Azincourt ! Plutôt que de lui enlever son casque pour lui administrer une bonne baffe, ils auraient préféré lui enlever sa lourde armure pour arriver à lui ôter son soleret (nom de la chaussure), puis ses chaussettes, tout ça pour croquer son gros orteils. On frôle le fétichisme.

D’où vient croque-mort ?

Le mot apparaît à la fin du 18ème siècle et l’académie ne le mentionne qu’en 1835 précisant bien que ce mot est populaire et ironique, caractéristiques qu’il perdra au 20ème. En fait, il vient de croquer qui au sens figuré signifie faire disparaître. Pensons à croquer son héritage. Le croque-mort fait seulement disparaître le corps.

L’autre version était plus marrante. Moralité.

Justement ! Pour les carabistouilles abusivement appelées fake news, plus c’est marrant et original, plus on en envie d’y croire.