Gerhard Schröder chez Gazprom, Poutine, la fin de vie d’Ariane 5 et Jacques Mayol, l’homme dauphin

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Les experts d'Europe 1 est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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International, économie, télévision... François Clémenceau, Emmanuel Duteil et Eva Roque livrent leur point de vue du jour.

 

International - François Clémenceau

C’est aujourd’hui que le conseil d’administration du géant pétrolier russe Rosneft doit officialiser la cooptation de l’ancien chef du gouvernement allemand Gerhard Schröder. Une façon pour le Kremlin de diviser l’Union européenne dans sa stratégie énergétique.

Ce n’est pas d’hier que l’ancien chancelier allemand social-démocrate fricote avec la Russie. Sous ses deux mandats, les relations avec Moscou ont été plutôt bonnes et lorsque Gerhard Schröder a quitté ses fonctions, battu par Angela Merkel, le Kremlin lui a offert de prendre la direction de Nord Stream, une filiale de Gazprom qui opère un gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne via la Mer Baltique. Tout le monde gagne, la Russie vend, l’Allemagne achète et Schröder s'enrichit. Aujourd’hui, l’ancien chancelier, 73 ans, va intégrer le directoire de Rosfnet, le géant du pétrole russe qui exporte dans le monde entier et qui est valorisée à 100 milliards. La différence entre avant et maintenant, c’est qu’il y a depuis trois ans un contentieux qui ne passe pas avec la Russie et qui s’appelle l’Ukraine.

Où est le problème ?

Depuis que la Russie a annexé par la force la Crimée et occupe le Donbass, les Européens ont entrepris de sanctionner le Kremlin pour son comportement agressif et déstabilisateur en Ukraine, candidate à l’Union européenne. Pour que la punition soit efficace, il faut frapper au portefeuille et donc les dirigeants de Rosfnet sont sous sanction et leurs activités commerciales et bancaires sous surveillance. Les Européens réalisent alors qu’ils se pénalisent eux-mêmes puisque la Russie est leur premier fournisseur de gaz et leur deuxième en pétrole. Et qu’en 2050, selon les projections, l’Union européenne devrait devenir dépendante de la Russie pour les deux tiers de son énergie. Les Russes se disent alors, comment contourner les sanctions ou les faire annuler. D’abord en s’attaquant aux pays les plus dépendants : ceux d’Europe centrale, mais aussi l’Italie et surtout l’Allemagne. D’où l’instrumentalisation de Gerhard Schröder qui est évidemment en faveur de la levée des sanctions et qui ne cesse de plaider contre un retour à la guerre froide.

Est-ce que ce ne serait pas plus simple si l’Europe était moins dépendante de la Russie ?

Bien sûr que si mais sur la plupart des projets qui visent à diversifier nos approvisionnements, Moscou s’arrange pour vendre progressivement son capital à des sociétés européennes. Ce fut le cas avant le Brexit avec British Petroleum (BP) mais aussi avec l’italien Enel et en essayant de les associer à des projets de gazoducs par le Nord et maintenant le Sud de l’Europe. Une source européenne me confiait hier : "sur l’Europe de l’énergie, nous sommes en panne", notamment parce que le Kremlin paye très bien ses nouveaux oligarques européens.

 

Économie - Emmanuel Duteil

Ariane 5 va procéder à un nouveau tir ce soir.

Si tout se passe bien ce sera le 81e lancement de suite sans accident. Ariane 5, lancée en 2003, est la fusée du programme Ariane qui a réussi le plus de lancements à la suite sans problème. Ce qui fait aujourd’hui d'ArianeEspace sûrement, le lanceur le plus fiable du monde. Mais désormais plus personne ne parle de ces lancements. Vous vous souvenez pourtant des tirs en direct à la télé il y a une trentaine d'années et des communiqués enflammés de l'Elysée. Petite anecdote au passage plus aucun président de la république n'assiste à un lancement depuis François Mitterrand en 1885. Pourquoi ? Parce qu'il y avait eu un accident ce jour-là et du coup, plus aucun président ne s'est risqué à assister à un lancement.

Ariane 5 va bientôt être remplacée par Ariane 6 même si elle fonctionne très bien, elle n'est plus dans le coup ?

Ariane a été ringardisée par les fusées des milliardaires américains comme Jeff Bezos, le patron d'Amazon et surtout Elon Musk. Elon Musk est connu notamment pour les voitures électriques Tesla. C'est un personnage totalement iconoclaste qui a révolutionné avec SpaceX le monde des fusées. Il est arrivé en cassant les prix, -40% par rapport à Ariane et en proposant une technologie révolutionnaire qui permet de récupérer des éléments de la fusée pour un autre vol. Et surtout avec une confiance en lui totalement folle. Dès 2006, il avait lancé : "Salut à tous, je m'appelle Elon Musk. Je suis le fondateur de SpaceX. Dans cinq ans, vous êtes morts". Alors que pas grand monde y croyait, après plusieurs échecs, il a réussi à industrialiser ses lancements. Du coup, on le reconnait dans l'entourage de la direction d'Ariane, la fin de vie d'Ariane 5 va être difficile.

Mais quand est-ce qu'Ariane 6 arrive ?

Le premier vol est attendu en 2020. Ariane a engrangé y'a quelques semaines son tout premier contrat de part notamment de l'agence spatiale européenne. Ce sera un lancement pour alimenter Galileo vous savez c'est le GPS européen et il espère bien que cette première commande va être suivie de beaucoup d'autres. Car l'un des gros avantages d’Ariane 6 c'est de proposer des lancements moins cher qu'aujourd’hui. Ils seront un peu plus compétitifs face à SpaceX notamment. Pour y arriver, ils ont revu tout le processus de conception. Ce sera beaucoup mieux organisé et cette fusée sera un peu la Dacia Logan d’Ariane. On est pas dans la révolution technologique, on est vraiment dans la compétition commerciale et c'est indispensable pour espérer rester aux avants postes.

 

Programme télé - Eva Roque

Jacques Mayol, l’homme dauphin sur Arte, samedi, à 20h50

Il s’agit d’un portrait très réussi de Jacques Mayol. Vous allez sans doute découvrir une facette méconnue de l’apnéiste.

Jean-Marc Barr dresse le portrait de celui qu’il a interprété au cinéma : Jacques Mayol.

Il aurait eu 90 ans cette année. Mais en 2001, il a choisi de mettre fin à ses jours dans sa maison située sur l’île d’Elbe.
Jacques Mayol, c’est l’histoire d’un homme qui a quitté peu à peu le monde des hommes pour se consacrer à la mer.

Sa vie a débuté à Shangaï où, déjà enfant, il côtoyait les ama, ces pêcheuses japonaises qui plongent en apnée. Et puis, il a voyagé, rencontré sa femme, s’est installé en Floride, s’est pris de passion pour les dauphins dont il s’occupait dans un parc d’attraction.

Sa fille raconte en souriant quel genre d’homme il était. Loin d’être dithyrambique, le documentaire trace le portrait d’un être libre, qui se foutait des conventions et parfois des autres. Son ami Gianfranco Carletti en parle d’ailleurs très bien.
Malheureusement, Mayol va perdre cette forme d’insouciance et de légèreté. Après son divorce, il rencontre Gerda dont il tombe éperdument amoureux. Malheureusement, la jeune femme est assassinée. Il ne se remettra jamais de ce drame. Il va s’enfoncer dans la dépression. Et même ses records du monde, et notamment sa descente au-delà des 100 mètres, ne l’aideront pas à remonter à la surface.

Un très beau portrait, sensible et juste. Avec des images de plongée sublimes dont une séquence de Mayol nageant entre deux baleines.