La malédiction de la taxe carbone : une mesure qui n’a jamais été comprise

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L'édito économique est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

La fiscalité écologique a décidément du mal à s’imposer en France. Il y avait en fait de bonnes raisons à renoncer à la taxe carbone sur l’essence.

La première bonne raison d’y renoncer, évidemment, c’est qu’elle était devenu le verrou qui risquait de bloquer tout le reste. Tout le reste c’est-à-dire la politique de réforme engagée par le président de la République. Une politique dite de l’offre, qui consiste à redresser la compétitivité française mais qui a un inconvénient politique majeur : elle réclame beaucoup de temps. Quand on change les règles de formation professionnelle par exemple, quand on réforme le droit du travail, quand on remet la priorité sur les savoirs fondamentaux à l’école, quand on revoit la fiscalité du capital pour stopper l’hémorragie, on actionne à chaque fois des leviers très puissants, qui forgent la compétitivité d’une économie, mais ce sont des leviers de long terme. Ce qui se joue dans cette crise des gilets jaunes, au fond, c’est la capacité de l’exécutif à poursuivre cette politique de l’offre qui met du temps à produire des résultats. Et qui ne doit surtout pas s’arrêter au bout de 18 mois. Encore moins revenir en arrière.

Il y avait une autre bonne raison de renoncer à la taxe sur l’essence.

Oui : on dit qu’un bon impôt est un vieil impôt, parce qu’on le comprend. Cette taxe, manifestement, n’est pas comprise. On accepte plus facilement une taxe sur le tabac pour inciter à moins fumer qu’une taxe sur l’essence pour moins rouler ou rouler en hybride. Et puis il y avait un autre problème, qui a éclaté au grand jour avec les gilets jaunes : c’est que la fiscalité verte frappe proportionnellement plus les ménages modestes. C’est le contraire d’un impôt progressif. Bien avant la crise actuelle, des économistes avaient alerté sur ce point : l’été dernier, l’Institut des politiques publiques avait calculé que la taxe carbone, rapportée aux dépenses de consommation, frappait trois fois plus les ménages modestes par rapport aux ménages aisés. Il y avait là un signal d’alerte qui aurait dû clignoter en rouge (ou en jaune) sur les écrans du gouvernement. On ne refait pas l’histoire.