Statut des cheminots : pourquoi le gouvernement pourrait avoir l'opinion de son côté

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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L'exécutif lance une semaine de consultations en vue de la réforme de la SNCF, un sujet très sensible, alors que la grogne des cheminots s'est déjà fait entendre.

Après le rapport explosif de Jean-Cyril Spinetta sur la réforme de la SNCF, le Premier ministre reçoit lundi les dirigeants de la SNCF, puis Elisabeth Borne, ministre des Transports, verra les syndicats. La CGT appelle déjà à la grève pour le 22 mars. Une réforme explosive en perspective donc, qui pourrait, de prime abord, servir de test politique pour Emmanuel Macron. Et pourtant, le président n’a qu’une chose à faire : appuyer à fond sur l’accélérateur. En effet, les Français se fichent complètement du statut des cheminots ou de savoir si la SNCF est un Epic (une entreprise publique) ou une SA à capital public. Ils ne veulent qu'une chose : que les trains qui arrivent à l’heure.

Des privilèges à l'heure de la précarisation. Les récents cafouillages - la gare Montparnasse bloquée début décembre, puis la gare Saint-Lazare le lendemain de Noël - ne pouvaient pas mieux tomber pour l'exécutif. CQFD : les infrastructures sont vétustes, avec une moyenne de trente ans d'âge, donc il faut tout rénover ! À commencer par les poussiéreux usages de la SNCF et de ses personnels. Le sacro-saint statut des cheminots pourrait ressembler à un combat d’arrière-garde. Comment la CGT va-t-elle faire pour ne pas donner le sentiment d’être encalminée dans un conservatisme crispé dont le seul moteur est en réalité le maintien de privilèges anciens et de plus en plus injustifiables ? Nos concitoyens subissent l’ubérisation, la concurrence, la mondialisation, ils sont nombreux à avoir, eux aussi, un travail pénible tout en étant licenciables du jour au lendemain. Ils ne supportent plus l’idée que d’autres soient au chaud avec leur emploi à vie. Un sentiment qui frappe d’autant plus que votre train a deux heures de retard.

Une grève difficile à mettre en place. Certes, c'est en s’attaquant aux avantages des cheminots, à l’époque leur régime de retraite, qu’Alain Juppé a vu la France paralysée pendant trois semaines en 1995 avant de devoir reculer sur sa réforme. Jacques Chirac avait fait campagne sur la fracture sociale donc les Français avaient été un peu surpris et heurtés par la réforme Juppé. Résultat, même s’ils avaient dû faire du stop ou du roller pour aller au travail, ils étaient plutôt en soutien de la grève. Là, on ne peut pas dire que le candidat Macron ait laissé entendre, pendant la campagne, qu’il ferait dans le social et dans la conservation des acquis. Ensuite, les règles ont changé. Nicolas Sarkozy est passé par là avec le service minimum. Quant à la SNCF, elle ne paie plus les jours de grève et les cotisations retraites ne sont plus versées pendant les mouvements. Les conflits, ça coûte très cher aux salariés : il est bien plus compliqué aujourd’hui de bloquer la France qu’à l’époque.

Enfin, et c’est un clin d’œil malicieux de l’histoire : ce sont les enfants spirituels d’Alain Juppé qui lancent la grande réforme : Edouard Philippe et ses amis de Matignon. Sans doute ont-ils en tête les erreurs de 1995, et, donc, à cœur de ne pas les répéter.