Réforme constitutionnelle : face au Sénat, Macron tenté par le référendum

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Pour réformer la Constitution, Emmanuel Macron agite le spectre d'un référendum. Une manière de pousser l'opposition sénatoriale à faire des concessions.

Le Premier ministre présente mardi aux présidents de groupes parlementaires les grandes lignes de la réforme institutionnelle promise par Emmanuel Macron. Et pour ne pas se laisser bloquer par le Sénat, l’exécutif brandit l’hypothèse d’un référendum sur la question. On devine le précédent qu’Emmanuel Macron a en tête : Charles de Gaulle en 1962.

Le tour de force du gaullisme sur les partis. Cette année-là, le général brandit l’article 11 de la Constitution pour demander au peuple s’il est favorable à l’élection au suffrage universel direct du président de la République. Il déclenche une véritable crise politique, car le Conseil d’Etat est furieusement contre, car c'est normalement l’article 89 qui doit être utilisé pour modifier la Constitution. La crise provoque l’adoption d’une motion de censure contre le gouvernement de George Pompidou et la dissolution de l’Assemblée nationale. Mais de Gaulle n’en a cure, car le peuple, lui, est furieusement pour, à 62%. Ce référendum restera comme la victoire du gaullisme sur les partis traditionnels.

Décrédibiliser la droite. Emmanuel Macron pourrait bien retenter le coup de 1962 ! D'autant plus qu’il a globalement et a priori l’assentiment des Français sur ce sujet. Quoi de plus populaire que de réduire le nombre de parlementaires, le nombre de leurs mandats, et de promettre un travail plus efficace de leur part ? Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a fixé une ligne rouge : ne pas toucher au nombre de mandats. Une barrière qu'il serait aisé d'enjamber avec l'article 11, qui ne nécessite pas de passer par le Parlement, tout en expliquant que la droite entend protéger ses acquis, ses postes et ses élus quand la majorité veut renouveler la vie politique, ses hommes et ses femmes, ses idées et ses pratiques.

Une arme à double tranchant. Mais si Emmanuel Macron a le "goût du risque", comme aiment à le répéter tous ses soutiens, il en mesure aussi… le risque. Un référendum se gagne quand on est en position de force. Or aujourd’hui, la grogne monte sur la question du pouvoir d’achat, la popularité du président baisse. La gauche pourrait profiter de l’occasion pour brandir l’accusation d’un nouveau contournement du parlement.

Mais c’est surtout Laurent Wauquiez, le nouveau patron des Républicains, qui serait ravi. Il fera tout pour transformer cette question institutionnelle en référendum anti-Macron, ce président des métropoles, des installés, des connectés loin des Français des champs, des petites villes, des périphéries… Un peu éloigné de la question posée ? C’est le propre des référendums ! Alors, coup de poker menteur pour pousser les sénateurs à faire un pas, ou vraie volonté d’aller à la confrontation pour apparaître comme le Réformateur ? Emmanuel Macron se souvient aussi sans doute qu’après 1962, il y eut 1969. Même général, même article, nouveau référendum. Mais cette fois, les Français ont répondu NON. Fin de partie pour le général.