"Emmanuel Macron aime la castagne !"

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Catherine Nay évoque un sujet précis de la vie politique.

Catherine, vous revenez vous aussi sur le discours d'Emmanuel Macron devant le Parlement européen, mais moins sur le fond que sur la démarche. Et vous dîtes : il est seul. 

Emmanuel Macron ne doute de rien, et surtout pas de lui... C'est bien pour cela qu'aidé par une poignée d'apôtres, il s'est hissé à l'Elysée. En 2008, Nicolas Sarkozy était venu devant le Parlement européen. Une heure de discours sans note. Il avait bluffé l'assistance. Mais il avait un mandat. Il prenait la présidence de l'Union Européenne.

Emmanuel Macron, lui, s'auto-proclame leader de la refondation de l'Europe. Mais au Parlement européen, il n'a pas de groupe à lui, aucun élu. Sur quelles forces compte-t-il pour l'appuyer ? Son arme de dissuasion massive, c'est son charisme, son enthousiasme qu'il espère contagieux.

Parce que la cause est juste, il croit toujours qu'il finira par convaincre, par ouvrir tout seul la mer rouge. "C'est très bien ce que vous dîtes. Mais avec qui vous allez faire ça ?", lui a demandé un député socialiste. Macron rétorque : "suivez-moi", mais sans préciser comment il allait s'y prendre.

Il est resté trois heures : une pour le discours, deux pour les réponses aux députés. Certains l'ont malmené. Mais il adore la castagne, la dialectique guerrière. Et il est bon dans le registre. On l'a découvert dimanche face aux duettistes Bourdin et Plenel. A la fin, il a remercié les élus pour lui avoir permis de revivre "ce que la constitution ne m'autorise plus", a-t-il dit, à savoir débattre au Parlement, ce qu'il aimait tant faire lorsqu'il était ministre.

Et maintenant ?

A la réunion du PPE, le groupe des partis de droite, son président, l'Allemand Manfred Weber disait : "S'il y avait en Europe quatre leaders comme lui, ça bougerait.". Et d'admirer la performance. Jeudi, Emmanuel Macron rencontre Angela Merkel. Mais on voit bien qu'elle est bridée par sa coalition. Elle n'a pas les mains libres. Et puis que peut-on faire avant les élections européennes, à part des discours ? Et on verra alors si les peuples sont d'accord pour aller plus loin. Et il a continué dans la soirée. Il était à Epinal pour donner le coup d'envoi de la campagne européenne, au milieu d'un parterre de 300 personnes.

Même scénographie que pendant la campagne présidentielle. Encore presque trois heures de débat, dans une ambiance plus terne. Sûrement qu'il aurait préféré avoir plus de contradicteurs.

Et là, quand même, on admire une résistance physique proprement inhumaine. Nicolas Sarkozy était pareil, il plaidait que le pouvoir ne fatigue pas et que c'est l'opposition qui épuise. Mais lui dormait, alors qu'Emmanuel Macron, c'est 4 heures par nuit. Comment peut-on tenir longtemps à ce rythme ?

Vous parlez de sa solitude. Mais il a une majorité large et peu, ou pas, de frondeurs.

Pourquoi Jupiter est-il intervenu deux fois à trois jours d'intervalle pour expliquer sa politique ? C'est bien parce qu'il juge qu'au gouvernement il n'a pas les relais pour faire le job du service après-vente des réformes, pour créer l'évènement. D'ailleurs, vous l'avez remarqué, il ne cite jamais ses ministres. Car lui seul capte la lumière. Il l'a voulu ainsi car au fond, c'est un solitaire professionnel.