Vrai-Faux : l’aide au développement vue par Nadine Morano.

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Nadine Morano déplore que l’Union européenne ne traite pas suffisamment le problème des flux migratoires à la source. L’aide aux pays d’Afrique, massive selon elle, est mal utilisée. Vrai ou faux ?

"L’Union européenne dépense chaque année, avec les états membres 75 milliards d’euros d’aide de développement (pour des programmes africains)", a déclaré l'eurodéputée Les Républicains, Nadine Morano. "Il faut conditionner les aides envoyées !"

L’Europe dépense chaque année 75 milliards d’euros pour des programmes africains. Vrai ou Faux ?

C’est faux. Ce montant représente l’enveloppe totale que les 28 états membres consacrent à l’aide au développement, mais l’Afrique n'en touche qu’un cinquième. 5,5 milliards viennent des institutions européennes et 11,2 milliards des Etats eux-mêmes, qui versent tous ensemble un peu plus que les Etats-Unis. Et attention, une grande partie de cet argent n’est pas constituée de dons, mais de prêts (aux Etats, aux entreprises… La France, par exemple, oriente beaucoup plus son aide vers des pays solvables.)

Donc en cumulant tout, l’Europe verse exactement 17 milliards d'euros aux programmes africains. C'est très loin des objectifs que nous nous sommes collectivement fixés il y a plus de 40 ans : seuls 6 pays d’Europe consacrent 0,7% de leur revenu national à l'aide au développement. La France n'en fait pas partie (elle y consacre 0,43% de son RNB), et pourtant Nadine Morano a raison : c’est une clé pour contrer les flux migratoires dans l'avenir.

Madame Morano appelle à cibler ces aides, et à les conditionner à des résultats.

C’est ce que tente de faire l’Europe depuis deux ans, avec une nouvelle stratégie. D’un côté, elle pousse l’investissement privé pour favoriser l’économie locale et l’industrialisation, de l’autre elle cible ses aides sur les causes profondes des migrations. Un fonds fiduciaire d’urgence a été créé pour cela, en 2015, il doté de 3 milliards d’euros. 131 projets ont été approuvés dans des pays sources des départs vers l’Europe.

Le problème, c’est qu’on n’a peu de recul sur leur efficacité, et qu’ils se bornent souvent à renforcer l’appareil sécuritaire sur place (pour lutter contre les clandestins, les trafics.) Il y a peu de projets de développement. Il faut aussi pointer la faiblesse des montants : l’aide bilatérale (des Etats) reste dispersée, centrée sur le social, l’administration…

Et celle de l'Europe, conditionnée de plus en plus à des résultats, ne compense pas ce que rapporte la diaspora partie à l’étranger. Les transferts d’argent des migrants vers l'Afrique sub-saharienne représentent 34 milliards en 2017, selon la Banque Mondiale.

Or les besoins de l’Afrique sont considérables pour répondre aux défis. 600 millions d’africains n’ont pas accès à l’électricité, cela bloque tout développement, et dans ce domaine l’Europe fait très peu… Beaucoup moins que la Chine (qui a financé 30% des nouvelles capacités électriques du continent ces 5 dernières années, selon l’AIE), ou les États-Unis.