Le congé parental existe-t-il dans tous les pays ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Muriel Pénicaud affirme que le congé parental n’existe pas dans tous les pays.

Vrai-Faux : l’égalité homme-femme butte sur le budget.

Un projet de directive européenne met la France mal-à-l'aise. Il prévoit d’élargir les congés parentaux pour équilibrer l'usage qui en est fait par les hommes et les femmes, en imposant un congé de 4 mois chacun, qui serait mieux payé. Selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud, la France serait loin d'être la seule à s'y opposer.

"La France est pour une directive sur le congé parental, qui n’existe pas dans tous les pays. Après, ce qu’on pense, comme les autres pays puisque tous les pays quasiment pensent ça, c’est que ce n’est pas à Bruxelles de décider dans le détail comment on fonctionne pays par pays".

Le congé parental n’existe pas dans tous les pays. Vrai ou faux?

C’est faux. Tous les pays d’Europe aujourd’hui, ont un congé parental, à ne pas confondre avec les deux autres, (maternité, et paternité) : le congé parental peut être pris par l’un ou l’autre parent. Les modalités et les durées varient, mais oui, il y en a dans tous les pays d’Europe. Ce que tous n’ont pas, en revanche, c’est un congé paternité (ces 10 jours octroyés aux pères après la naissance). Sept pays d’Europe ne proposent rien (l’Allemagne notamment, même s’il y a d’autres dispositifs) : la directive dont il est question propose de l’imposer.

Mais elle propose aussi, et c’est ce qui bloque la France, de fixer un cadre au congé parental. En France il est d'un an (6 mois pour chaque parent), mais comme il est très mal indemnisé (396 euros), très peu d’hommes l’utilisent. L’Europe veut augmenter ces montants, en fixant l’indemnité au niveau d’un arrêt maladie. Donc chez nous, cela ferait passer l’enveloppe de 400 à 960 euros par mois en moyenne. Insoutenable, selon le gouvernement, pour les finances publiques.

La France est-elle la seule à bloquer cette directive ?

Non. La majorité des pays sont contre cette directive, et freinent des 4 fers au Conseil Européen. A cause du coût, comme l’Allemagne, ou ces pays (et ils sont nombreux) dans lesquels l’arrêt maladie est très bien indemnisé (Pologne, Roumanie, Luxembourg…). D’autres ont des réticences juridiques, et globalement, les Etats refusent qu’on leur dicte leur politique en matière sociale, étant donné les masses budgétaires en jeu.

Maintenant, il est clair qu'avec cette directive, la France est l'une de ceux qui auraient le plus à perdre.

Parce que notre système, contrairement à une idée reçue, n'est pas du tout généreux. Notre congé maternité (16 semaines à 100% du salaire) est moins long que la moyenne, et en-dehors des 5 pays qui ne le rémunèrent pas (comme Chypre, Malte ou l'Espagne), notre congé parental est le moins bien payé de tous les pays d'Europe, et même de l'OCDE. C’est simple : en moyenne, les parents qui le prennent touchent, pendant cette période, 14,5% de leurs revenus. Chez la majorité de nos voisins, c’est plus de 40%, 65% en Allemagne, en Pologne… Cela explique pourquoi le congé parental est pris à 32% par les pères outre-Rhin…  à 4% seulement en France (la proportion serait même tombée à 2%, selon la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa.)

Et c'est un cercle vicieux. Les femmes, plus mal payées, prennent ce congé à trois sous, donc freinent leur carrière, donc sont mal payées. Cela va continuer : voilà comme un mur budgétaire écrase les grandes causes.