Le CICE n’a-t-il permis de créer que 100 à 200.000 emplois ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Danièle Obono affirme que le CICE n’a permis de créer que 100 à 200.000 emplois.

Vrai-Faux : Le CICE est-il un échec ?

Face aux réformes envisagées de plusieurs aides sociales, la députée de la France Insoumise Danièle Obono dénonce un insupportable deux poids, deux mesures.

"Le CICE c’est plus de 20 milliards par an et ça coûte une fortune. C’était censé créer un million d’emplois et ça n’en crée que 100 à 200.000. C’est un coût qui était censé réduire le chômage et qui a complètement raté".

Le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) n’a permis de créer que 100 à 200.000 emplois. Vrai ou faux ?

C’est faux. En fait le bilan est plus positif. Ce crédit d’impôt pour la compétitivité et l'emploi, voté sous François Hollande, permet aux entreprises de réduire de 6% ce qu’elles paient sur les salaires jusqu’à 2,5 SMIC. À l’automne dernier, un rapport de France Stratégie évaluait son impact à 100 000 emplois créés. Sauf que ce rapport n’a étudié que les années 2013 à 2015. Or l’emploi s’est nettement redressé depuis, et Bercy et la Banque de France ont récemment actualisé leurs bilans. La Banque de France estime que 320.000 emplois ont été créés depuis 2014 grâce au CICE, et selon la direction du Trésor, le total atteindra 380 000 d’ici 2020. C’est exactement ce que prévoyait le gouvernement au jour de sa création.

Et ce retard s’explique.

Le but de ce crédit d’impôt était de permettre aux entreprises de restaurer leurs marges, pour qu’elles puissent investir ensuite : c’est ce qui s’est produit (les taux de marge et d'investissement des entreprises se sont redressés). Ensuite seulement, les embauches sont venues.

Cela fait quand même cher l'emploi.

Bien sûr. Le problème, qui explique qu’on ne puisse pas parler de réussite, c’est que tout cet argent (48 milliards d’euros déversés depuis 2014) n’a servi QUE l’emploi. Alors que l’objectif au départ, c’était la compétitivité. L'aide, ciblée sur les bas salaires, a été dispersée sur des secteurs qui n’ont pas de problème de concurrence (les postes, la grande distribution…), et ceux porteurs de technologie en ont moins bénéficié, parce qu’ils paient beaucoup mieux leurs salariés. C'est une politique de court terme, et les problèmes structurels des entreprises demeurent. Les exportations plongent toujours, la France perd des parts de marché. Et c’est logique : les impôts qui écrasent le plus les entreprises, ce ne sont pas les charges sociales, ni même l’Impôt sur les Sociétés (l4IS), ce sont ceux qui pèsent sur la production. Les machines, le foncier, le chiffre d’affaire tout ce qu’il faut payer avant même de faire du bénéfice.

Or cela, le gouvernement n’y touche pas. En 2019, le CICE va être transformé en baisse de charges pérennes, elles seront même amplifiées sur les très bas salaires. Emmanuel Macron poursuit donc la même politique : soutenir l'embauche rapide d’emplois sous-qualifiés. Quand nos entreprises auraient besoin, plutôt, de pouvoir payer des compétences, pour monter en gamme.