La suppression de la Taxe d’habitation sera-t-elle la plus grosse baisse d’impôts de l’histoire de la cinquième République ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Julien de Normandie et Benjamin Griveaux affirment que la suppression de la Taxe d’Habitation sera la plus grosse baisse d’impôts de l’histoire de la cinquième République.

Vrai-Faux : le piège des éléments de langage.

Alors que le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, sera l’invité du grand rendez-vous d’Europe1 dimanche, nous tenons à l’alerter : attention à cette petite phrase que visiblement on a conseillé aux ministres de répéter partout. Cela s’appelle un élément de langage (une formule qui claque, pour marquer les esprits) : c'est périlleux. Illustration, au sujet de la suppression de la Taxe d’Habitation, avec Julien de Normandie et Benjamin Griveaux.

"Il n’y a pas eu depuis le général De Gaulle de tel allégement des prélèvements obligatoires".

"22 milliards, c’est la plus grosse baisse d’impôt de l’Histoire de la cinquième République !"'

La suppression de la Taxe d’Habitation sera la plus grosse baisse d’impôts de l’histoire de la Ve République. Vrai ou Faux ?

Nous ne le savons pas. Et le problème, c’est que nos vaillants ministres ne le savent pas non plus, étant donné qu’ils n’ont pas la moindre idée de comment ils vont financer cette baisse, qui ne devait concerner, au départ, que 80% des contribuables. C'est sous la contrainte qu'elle est étendue à tout le monde, par peur que cette concentration d'impôt sur quelques foyers soit jugée inconstitutionnelle. Et comme le gouvernement n’avait pas vu venir ce problème, il n'a rien prévu. Il manque 10 milliards, dans sa trajectoire budgétaire, pour financer la réforme, et tant qu’on ne sait pas par QUOI ils seront compensés, on ne peut rien prédire. Une taxe devrait être maintenue sur les résidence secondaires (il y en a 3,8 millions),  sur les logements sous-occupés peut-être, les taux de la taxe foncière vont-ils augmenter ? Mystère. Le bilan net de cette baisse, on ne pourra le tirer qu’en 2021 : il est prématuré de s'avancer.

D'autant plus que l'Histoire, justement, devrait enseigner la prudence. Car des baisses historiques, il y en a eu. Quand Laurent Fabius, en 2000, lance un plan d’allègement fiscal de 120 milliards de francs, il parle aussi d’un mouvement jamais vu ! « Une première depuis 50 ans ». Il supprime la vignette auto, réduit les taux de l'impôt sur le revenu... Les impôts vont baisser, finalement, de 17 milliards de nos euros d’aujourd’hui, le taux de prélèvements obligatoires recule également. Mais comme dans le même temps, il ne fait aucune économie, ce ne sera pas durable. Quand la conjoncture se retourne, la dette explose. Même chose avec Nicolas Sarkozy : 15 milliards de baisse nette avec la réforme de la taxe professionnelle, balayées par la crise.

Mais là le gouvernement le promet : il financera cette baisse par des économies.

Très bien, sauf qu'on a beau se plonger dans les documents budgétaires, on ne les voit pas, ces économies. En 2018, cette année, les impôts vont augmenter de 4 milliards et demi, nous dit l’Insee, et même de neuf milliards pour 99% des Français ne profitent pas de la transformation de l’ISF (impôt sur la fortune) en IFI (impôt sur la fortune immobilière). Et les économies en face, il y en a peu : baisse des aides au logement (APL), suppression des contrats aidés, et 324 postes en moins dans la fonction publique d’État (les 1.600 suppressions de postes annoncées concernent en fait essentiellement les opérateurs de l’État.) Et la trajectoire budgétaire jusqu'en 2022 envoyée à Bruxelles récemment, reste floue : les impôts baisseront massivement, c'est vrai, en 2019-2020, mais les économies sont reportées à plus tard, dans la deuxième moitié du quinquennat. Or à ce moment-là, la croissance risque de marquer le pas (comme l’a rappelé le Haut Conseil des Finances Publiques), on ne pourra plus compter, comme aujourd'hui, sur des recettes supplémentaires pour solder les factures. Donc avant de parler de baisse historique, prudence : il reste quelques caps à passer.