A-t-on une véritable culture du maintien de l'ordre et un modèle qui s'est imposé à la plupart des forces de sécurité étrangères ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Le Général Bertrand Cavalier affirme que la police française est un modèle à l’étranger.

Vrai Faux : la stratégie de la police le 1er mai mise en cause.

La polémique ne désenfle pas, alors que des centaines de militants d’extrême-gauche ont ravagé mardi, un tronçon de la capitale. "Pouvoir laxiste" pour la droite, quand d’autres jugent que les forces de l’ordre ont été débordées. Ce n’est pas le cas, selon l’expert en maintien de l’Ordre, le général Bertrand Cavalier.

"Il y a une véritable culture du maintien de l'ordre français qui s'est imposée à la plupart des forces de sécurité étrangères, c'est un modèle".

La police française est un modèle à l’étranger. Vrai ou Faux ?

C’est vrai. Au point que les polices du monde entier font appel à la France, pour se former. En 2017, pas moins de 40 formations ont eu lieu, dans 30 pays différents. Nos CRS ont initié 1.500 stagiaires aux techniques d’intervention en montagne, à la sécurité routière, mais surtout au maintien de l’ordre, à la gestion, sans violence, des manifestations. La liste de ces pays reste confidentielle, mais on sait que la Jordanie, l’Afrique du Sud, le Canada ont fait appel dans le passé, à nos services, dont le savoir-faire, en terme d’émeutes notamment, est vraiment reconnu. Des responsables canadiens nous l’ont confié : à Toronto en 2010, des Black Blocs avaient ravagé des commerces en marge du G20, entraînant une réaction policière disproportionnée, avec des centaines d’arrestations, des blessés. La capacité à éviter les drames de la police française intéresse l’étranger.

Notre gendarmerie forme, elle aussi, des centaines d’unités mobiles étrangères dans son centre d’entraînement de Saint-Astier, qui est mondialement reconnu.

Cette expertise tient en fait à l’Histoire. On s’est vite aperçus, dès la Révolution, que l’armée n’était pas la mieux adaptée pour gérer les conflits sociaux. Dès 1921, la première force mobile de gendarmerie est créée. Les CRS suivent dans la police, en 1944. Dès le départ, l’objectif est clair :  on ne protège pas l’ordre public seulement, mais aussi les libertés, et la paix sociale. Ce qui explique la stratégie qu’on a vue à l’œuvre le 1er mai : le maintien de l’ordre en France, ce n’est pas protéger les biens. C’est prévenir, plutôt que réprimer, et contenir la force le plus longtemps possible.

Le choix de ne pas intervenir est donc un choix politique.

Et il n'est pas spécifique à ce gouvernement. Tous ont fait dans le passé des choix similaires (on se souvient des émeutes de 2005). A Paris uniquement, plus de 3000 manifestations à caractère revendicatif ont lieu chaque année (moyenne largement dépassée en 2016), mais les violences, les dérapages restent rarissimes.

Maintenant, cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas adapter cette doctrine. Car  depuis quelques années, le contexte a changé. Le paysage politique se dégrade, l’ultragauche, qui défilait en queue des manifestations, arrive maintenant en tête, parfois, avec un mode d’expression beaucoup plus violent que ce qu’on a connu. Les cortèges ne sont plus d’un seul bloc, mais un agrégat de groupes hétérogènes. En ce moment, toute une réflexion est en cours pour faire évoluer notre doctrine du maintien de l’ordre, avec l’idée de "discriminer les publics", pour être capables d’identifier, et d’écarter les groupes les plus radicaux. Ca n’est pas simple, car cela suppose (pour limiter les contacts susceptibles de dégénérer, comme on le voit régulièrement en Allemagne) une collaboration avec les syndicats, et avec la Justice, dont on n'a pas encore l’habitude.

On parle de la Justice car c’est un autre aspect du problème :on n’a pas toujours les moyens de prouver les exactions d’un manifestant, et la réponse pénale, après des violences, reste faible en France. C’est moins le cas dans d’autres pays.