Réforme des retraites : "L'arrêt d'une grève vaut bien la suppression des mots qui fâchent"

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L'édito politique de Catherine Nay est une chronique de l'émission Europe Matin - Week-end - 6h-9h
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Ce samedi, Catherine Nay décrypte l'évolution des discussions entre les syndicats et le gouvernement, notamment en ce qui concerne l'âge pivot, la mesure qui irrite toujours la CFDT. Le gouvernement doit dévoiler aujourd'hui une forme de compromis.

A voir les petits sourires en demi-lune de la ministre Agnès Buzyn et du secrétaire d'Etat aux retraites, Laurent Pietraszewski, on pouvait penser qu'une sortie de crise était proche. Depuis le matin, les protagonistes du bras de fer qui sortaient de Matignon avaient baissé le son et le ton. Certains étaient presque optimistes, comme le secrétaire de l'UNSA. Même Philippe Martinez, toujours hostile au projet, donnait son accord sur la conférence de financement. Pour une fois, il disait "oui" à quelque chose... Quelques heures plus tard, Laurent Berger se montrait serein mais prudent. On a senti une volonté d'ouverture dans la parole.

En tout cas, sur le perron de Matignon, le Premier ministre n'a pas prononcé les deux mots qui fâchent : "âge" et "pivot". Cet épouvantail pour la CFDT, cité 39 fois dans le projet de loi.

Tout le monde a compris qu'Edouard Philippe et Laurent Berger ont chacun envie que l'autre plie le genou. Un entêtement réciproque, mais le sujet de querelle n'est pas indigne. Vouloir inscrire des objectifs d'équilibre financier dans la loi ; qui pourrait le reprocher au chef du gouvernement ? D'ailleurs, pendant la réunion d'hier, Gérald Darmanin a fait distribuer le chiffrage des économies que générerait un âge pivot à 64 ans s'il s'appliquait dès 2022, soit 12 milliards en 2027, ce qui n'est pas négligeable. Mais ça n'a pas plu à tout le monde. Paris vaut bien une messe. L'arrêt d'une grève vaut bien la suppression des mots qui fâchent, même si le problème demeure.

Si le Premier Ministre renonce à parler d'âge pivot, c'est bien parce que le Président le lui demande. La conviction profonde d'Edouard Philippe est que pour réussir cette réforme, l'équilibre financier est primordial. Au sein de la majorité, un tiers des députés lui apporte un soutien sans faille. Un autre tiers voudrait qu'il soit un peu moins droit dans ses bottes. Le Président lui a demandé de faire un compromis parce que politiquement, ce n'est pas possible de sortir de la crise. Quand bien même il y aurait un différend entre eux, par qui le remplacer ? Aucun nom ne sort.

Tous lui savent gré d'être ferme sur le calendrier qu'il a annoncé hier avec la présentation du texte en Conseil des ministres le 24 janvier et son examen à l'Assemblée nationale à partir du 17 février pour une adoption avant l'été.

Aujourd'hui, nouvelle manifestation avec le parcours classique entre la place de la Nation à celle de la République, sans la CFDT. On verra s'il y a du monde... Et il n'est pas question d'arrêter : nouvelle journée de grève mardi et actes de protestation de toutes les formes mercredi et jeudi, notamment dans les transports.

S'il y avait un compromis avec la CFDT, cela apporterait un peu d'oxygène au gouvernement. Mais ce "deal" n'épuisera pas forcément la combativité des autres et c'est bien ce qui caractérise la période. Plusieurs professions restent mobilisées comme les avocats qui demandent la démission de Nicole Belloubet. A la Banque de France en Île-de-France, où l'on traite un quart des billets du pays, la CGT appelle à la grève. Même chose dans les raffineries jusqu'au 16 janvier, pour bloquer les expéditions de carburant. Et les agents EDF de la CGT se montrent très inventifs pour faire des coupures de courant. Les Français qui travaillent sont épuisés et déprimés. Des commerçants et des restaurateurs sont presque ruinés. Tous auront du mal à s'en remettre et le feront certainement payer dans les urnes lors des prochaines consultations.