Elections au Royaume-Uni: "Le parti conservateur n'avait pas connu pareil succès depuis Margaret Thatcher"

SAISON 2019 - 2020
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© Europe 1
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Ce samedi, Catherine Nay décrypte les résultats des élections législatives au Royaume-Uni qui ont découlé sur une victoire triomphante des conservateurs menés par Boris Johnson. Le Premier Ministre a désormais la voie libre pour sortir le pays de l’Union Européenne et ainsi faire le Brexit d’ici le 31 janvier 2020.

 

Cette fois, c'est fait. Trois ans après le référendum sur le Brexit, le divorce entre l'Europe et le Royaume Uni aura bien lieu le 31 janvier. C'est la victoire de Boris Johnson ! Un véritable triomphe !

Et comment ! Le parti conservateur n'avait pas connu pareil succès depuis Margaret Thatcher. Il a obtenu la majorité absolue, 40 sièges d'avance, alors qu'on le disait encore il y a quelques jours au coude à coude avec le travailliste, Jérémy Corbyn. Et même en danger dans sa propre circonscription.Il faut dire que Premier ministre menait une campagne extravagante: à bord d'un bulldozer pour détruire symboliquement un mur en carton le lien avec l'Europe, livrant du lait, entrant chez l'habitant à l'aube, ébouriffé, ce qui est sa marque, comme coiffé avec son oreiller. Un excentrique, mais qui savait ce qu'il voulait : en finir avec le Brexit. Lassés du chaos des trois dernières années, les Anglais ont voulu mettre un terme à cette tragi-comédie insupportable qui paralysait leur pays. Ils l'ont suivi.

C'est ce message clair qui lui a été profitable. Tout le contraire de son adversaire, Jérémy Corbyn.

Pour le Labour, c'est une déroute. Il perd 60 députés. Dans tous les bastions post-industriels, dans le nord et le centre de l'Angleterre, ses électeurs traditionnels ont voté pour Boris Johnson. Ces classes populaires ont largué celui qui croyait les allécher avec un programme de gauche très radical : nationalisations, semaine de travail à 32 heures, faire payer les riches. Mais ces électeurs là ont dynamité le vote de classe sociale, droite-gauche. Jérémy Corbyn, personnage raide, dogmatique, qui avait divorcé de sa deuxième femme parce qu'elle voulait inscrire leur enfant à l'école privée, entretenait le flou sur le Brexit. Pour ne pas s'aliéner, au sein de son parti, les pro et les anti, il promettait même un nouveau référendum. Résultat, il s'est fait des ennemis des deux côtés et ses électeurs ont voté pour celui dont le message était clair.

Et maintenant ?

Le divorce aura bien lieu le 31 janvier. Les 73 députés européens britanniques quitteront le Parlement de Strasbourg pour rentrer chez eux. Commencera la saison 2. Jusqu'en décembre 2020, le Royaume-Uni reste dans le marché unique. En janvier 2021, il deviendra un pays tiers pour l'Europe. D'ici là, Michel Barnier, le négociateur, a du pain sur la planche. 80% de la législation britannique étant européenne, il faut tout détricoter pour rebâtir un traité commercial, des accords sur les transports, la recherche, l'éducation, le climat, le nucléaire, la défense, la coopération policière et judiciaire... On peine à croire que tout sera bouclé en un an.

Angela Merkel et Emmanuel Macron ont salué la victoire de Boris Johnson. Mais on ne peut dire qu'ils étaient très enthousiastes.

La chancelière a parlé du concurrent qui sera à notre porte. Emmanuel Macron suspecte déjà un concurrent déloyal, qui pour attirer des entreprises pourrait être un moins disant social, fiscal, environnemental. Donald Trump, lui, promet à son ami Boris d'énormes accords commerciaux.

Mais le plus dur commence aussi pour le vainqueur...

Oui, on va découvrir qui il est vraiment et de quoi il est capable. Enfant, il voulait devenir le roi du monde, sortir du lot. Il est devenu Premier Ministre et pour l'emporter, on l'a vu capable de tout, y compris mentir beaucoup, laisser tomber les amis, les amours. La fin justifiant toujours les moyens... Bonjour l'éthique ! Maintenant, outre rebâtir un accord avec les Européens, ce qui va être coton, il va devoir maintenir l'unité du Royaume Uni, gérer les velléités d'indépendance de l'Ecosse, qui réclame déjà un référendum, une tentation de l'Irlande du Nord aussi. Bref, il va devoir gérer les conséquences du Brexit.

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