Marine Le Pen bénéficiaire de "l'ère du dégagisme" ?

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Marine Le Pen n'a jamais été aussi bien placée dans les sondages. La candidate du FN peut-elle bénéficier de la volonté de renouvellement de la classe politique ? 

Marine Le Pen était jeudi soir l'invitée de l'Emission politique sur France 2... La surprise, c'est l'audience : près de 3 millions et demi de téléspectateurs, un record jamais égalé depuis 2012... Un résultat qui inquiète les états-majors politiques, à deux mois et demi de l'élection présidentielle... Et si c'était elle ?

Pour la 1ère fois, les marchés, c'est-à-dire là où s'échangent les euros et les dollars, intègrent la possibilité de sa victoire... Les Européens s'alarment d'un effet domino dévastateur... Une sourde inquiétude monte... A droite, à gauche, on agite cette éventualité... pour la conjurer, ou pour réveiller les électeurs de chaque camp... "Si je ne peux pas être candidat, vous pensez qu'Emmanuel Macron l'emportera contre Marine Le Pen ?... Non, mes électeurs passeront chez elle", tonne François Fillon dans ses meetings... Disant cela, il la crédibilise... Avec le Brexit, l'élection de Donald Trump, jusqu'aux résultats de la primaire, à droite comme à gauche, on voit que les électeurs ont envie de donner un coup de balai... C'est l'ère du dégagisme... la présidente du FN espère en être la bénéficiaire.

 

Le dégagisme... Mais Marine Le Pen fait-elle aussi partie du paysage ?

Oui, elle est en effet la candidate à la présidentielle pour la deuxième fois... Et dans l'histoire de la Vème République, il y aura eu un Le Pen à pratiquement chaque élection présidentielle, en l'occurrence son père, Jean-Marie, candidat en 74, 88, 95, 2002, 2007... Et déjà en 65, il était le directeur de campagne de Tixier Vignancourt, qui affrontait de Gaulle et qui avait appelé à voter Mitterand au 2ème tour...

Mais les Français n'ont pas de mémoire... et le talent de la fille, héritière du parti de son père, est d'avoir effacé ce passé qui pourrait compromettre ses chances... Dans son clip de campagne, intitulé "La femme que je suis", elle se présente comme mère, avocate, feuillette son album de famille avec ses trois bébés, sa mère, son chat... Mais pas de papa, reconduit à la frontière, comme un immigré indésirable... Le clip se termine par une photo de l'Elysée, comme si elle y était déjà.

 

Vous voulez dire que Marine Le Pen fait une campagne d'images pour séduire un plus vaste électorat...

Dimanche dernier, dans son discours de Lyon devant les militants, elle a repris les fondamentaux du Front National, c'est-à-dire fustiger la finance mondialisée, l'immigration massive, le totalitarisme mondialiste et le totalitarisme islamiste... Là, rien de nouveau sous le soleil... Mais pour attirer à elle des Français jusque-là hostiles, il lui faut polir son portrait, limer les propos trop clivants... Sur le plateau de France 2, le ton était apaisé et très assuré... Réponse à tout Madame Le Pen... Le retour au franc, on rembourserait en euros... Comment fait-on ?... Incoinçable... Il lui suffit d'accélérer son débit de paroles... ni vu, ni connu, je t'embrouille... Elle s'en est bien sortie... Elle maîtrise ses dossiers...

A une chef d'entreprise qui lui demandait comment elle ferait avec le retour du franc pour acheter ses matières premières en Europe, Madame Le Pen a réponse à tout, péremptoire... On voit qu'elle expliquerait à un boucher comment il faut couper la viande...

 

Et elle s'en est bien sortie...

Oui, elle a su inoculer de l'intime dans son propos, en révélant que son fils est en apprentissage et très heureux de l'être, renseignement pris : en chaudronnerie pour l'armement... S'excuse de devoir chausser des lunettes pour lire ses fiches --l'âge... Et souhaite beaucoup de bonheur à Léa Salamé, qui est sur le point d'accoucher, laquelle, eh bien on l'avait connue plus fanfaronne avec d'autres invités...

 

Autre point fort de Marine Le Pen : la part des électeurs qui se disent sûrs d'aller voter pour elle...

80% se disent tout à fait sûrs de leur choix, contre 70% à François Fillon et 49% à Emmanuel Macron... Un socle en béton... Mais la question : est-ce qu'il lui permettra de franchir le fameux "plafond de verre" ? Les 50% de suffrages pour être élu, voilà l'inconnue... Il faut pouvoir susciter un grand élan, que les camps d'en face lâchent prise, par adhésion ou abstention... L'élection de Marine Le Pen équivaudrait à un tsunami politique, lequel est toujours provoqué par un séisme qui le précède... Si François Fillon dévisse, si Macron déçoit, si, si, si...