François Hollande plus seul que jamais

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Malmené par les sondages, le président de la République semble avoir des difficultés à reprendre la main après la parution d'un livre de confidences très polémique.

Le divorce semble consommé entre François Hollande et le loyal Manuel Valls qui ne décolère pas depuis la parution du livre-confessions Un Président ne devrait pas dire ça.... Oui, il a été heurté par son incontinence verbale pas digne d’un homme d’Etat. Oui, il y a des choses dont il n’aurait jamais dû parler, comme la révélation d’au moins quatre homicides ciblés de terroristes ordonnés par l’Élysée et exécutés par la DGSE. Ou encore ce récit de l’échec de l’intervention commando de la DGSE, en Somalie, le 11 janvier 2013, pour libérer l’un des leurs, Denis Alex, détenu par un groupe salafiste.

François avait donné le feu vert. L’opération a foiré. Pourquoi ? Le commando agissait lors d’une nuit sans lune. Il n’a pas vu un garde qui dormait à l’extérieur. Il a été neutralisé aussitôt mais le bruit de la détonation a donné l’alerte. Résultat : Denis Alex a été assassiné par les ravisseurs au moment de l’assaut ainsi que deux membres du Service Action. Y-a-t-il eu une erreur imputable au service, interrogent les journalistes. Réponse de François Hollande : "Il ne me viendrait pas l’idée de leur dire : vous auriez dû liquider le garde à l’arme blanche". Il n’empêche, s’il le dit, c’est qu’il le pense. Le Président viole l’obligation sacrée du secret.

Manuel Valls avance que les militants socialistes et les élus éprouvent comme une forme de "honte".

Pour oser employer ce mot, c’est qu’il est concerné lui-même. Oui, le livre a changé sa relation avec le président. "Qui sera candidat ? Le président pourra-t-il se représenter ?  Ces questions existent, il faut en discuter", s’est-il interrogé devant des militants PS en Gironde.  

Le Premier ministre parle au moment où des soutiens du président lui tournent le dos… et pour cause ! 

Ainsi Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale dont François Hollande dit dans le livre "qu’il n’a pas l’envergure pour être Premier Ministre, qu’il n’a pas un charisme considérable et en plus qu’il n’est pas connu". Et qu’importe si ces deux-là s’envoyaient des textos toute la journée. Bartolone découvre que le président n’a pas d’affect. Vexé à mort, il a ostensiblement quitté la salle quand François Hollande allait prononcer le discours sur le centenaire de la naissance de François Mitterrand.

Ainsi Jean-Marc Ayrault. "Comme Premier Ministre, quand il s’exprimait, il n’imprimait pas. Au Quai d’Orsay, il fait le métier sans enthousiasme… Il était tellement loyal qu’il est inaudible".  On ne récupère jamais un être humilié. François Hollande ayant traité le Parlement de "bande d’ânes",  les députés socialistes exaspérés refusent de signer l’appel à sa candidature lancé par Bruno Le Roux, le patron des députés PS.  Les plus fidèles (Le Foll, Le Drian, Sapin) sont effarés. 

Manuel Valls se prépare, mais que peut-il faire ?

En réalité, pas grand-chose. Il ne se déclarera pas tant que François Hollande n’aura pas dit ce qu’il compte faire. Sa loyauté est désormais plus institutionnelle que personnelle. Il n’est pas celui qui ajoutera du désordre au désordre. Et puis, François Hollande demeure le maître du calendrier. Avec 4 % de français satisfaits, les perspectives sont chiches. Mais après tout, en 2012, ils n’étaient que 3 % ! "Ça peut être humiliant de perdre quand on est sortant", dit-il. "Mais ça l’est tout autant de renoncer". Donc, battu pour battu, il sera candidat avec le sentiment  que les batailles perdues sont celles qu’on n’a pas livrées. "J’ai un sentiment de supériorité très fort", avoue-t-il, dans le livre. 

A Droite, on se méfie de lui.

"Ne l’enterrons pas trop vite", dit Jean-Louis Debré. "Restons sur nos gardes, ne le sous-estimons pas, il sait faire campagne", dit Alain Juppé. Quant à Nicolas Sarkozy, en déclarant qu’il voterait Hollande - pas de gaieté de cœur - en cas de duel Le Pen-Hollande, il accrédite non seulement une hypothèse totalement improbable politiquement mais aussi sa propre éviction au premier tour. Selon ses amis, une erreur incompréhensible !