Affaire Benalla : "La présidence a péché par manque de précaution, heureusement qu'il y a des contre-pouvoirs ! Vive le Sénat !"

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© Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
L'édito politique de Catherine Nay est une chronique de l'émission Europe Matin - Week-end - 6h-9h
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Ce samedi, Catherine Nay décrypte les derniers rebondissements dans l'affaire Benalla.

 

Bonjour Catherine,

Bonjour Bernard, bonjour à tous.

La commission d'enquête du Sénat avait à peine rendu son rapport sur l'affaire Benalla qu'aussitôt, la majorité fustigeait cette torpille politique des sénateurs et trois ministres, dont le Premier, ont tenté de discréditer leur travail.

Quelle mobilisation ! Tout le monde sur le pont, aux ordres. Benjamin Griveaux s'est inquiété des mensonges du rapport, tout en reconnaissant qu'il ne l'avait pas lu. La Garde des Sceaux a jugé que les recommandations n'étaient pas "complètement" dans le respect de la séparation des pouvoirs. "Complètement", cela signifie qu'il y en avait qu'ils l'étaient. Et le Premier ministre est descendu sur le perron de Matignon pour dire, sur un ton fort mesuré, son attachement au principe de séparation des pouvoirs et, de ce fait, un peu déçu par les sénateurs. Déçu, un peu seulement ? Je crois surtout qu'il révélait sa gêne parce que les sénateurs, en évaluant les politiques publiques - et la protection présidentielle en fait partie - étaient bien dans leur rôle. Et leurs recommandations, au nombre de 13, relevaient du bon sens.

Alors quand ils disent "il faut mettre fin à l'expérience des collaborateurs officieux", peut-être empiètent-ils sur les prérogatives présidentielles. Mais dire que la sécurité du Chef de l'Etat relève de la compétence exclusive des forces de sécurité intérieure, sous-entendu pas de gens comme Benalla, est une évidence ! En tout cas, le Premier Ministre ne se prononce pas sur le fond du rapport.

Or, c'est justement lui qui fait apparaître les dysfonctionnements majeurs.

Il faut saluer le travail des sénateurs : 48 auditions, dans la transparence, sous le regard des Français. Et puis ça ne rigole pas. Une commission d'enquête a les mêmes prérogatives qu'un magistrat instructeur. Pas question de refuser une convocation. Et puis si l'on peut se taire devant un juge, là il faut jurer main levée de dire la vérité. Et si l'on ment, on est passible de 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende.

Les dysfonctionnements.

Est-il normal qu'Alexandre Benalla, 26 ans, qui avait assuré la protection rapprochée du candidat Macron, obtienne, en arrivant à l'Elysée, en tant que chef adjoint de Cabinet, un téléphone secret défense hautement sécurisé, qu'il a gardé quand il a quitté l'Elysée. On s'en serait aperçu le 4 octobre et l'avocate l'a rapporté en janvier ! Est-il normal qu'il ait bénéficié d'un port d'armes, alors qu'officiellement il n'était pas chargé des opérations de sécurité ?

Les révélations sur ses agissements en marge des manifestations du 1er mai, où il avait molesté un manifestant, sont d'origine policières. Ils se sont vengés de lui, parce qu'il leur parlait de haut.

Est-il normal qu'il ait obtenu le renouvellement de ses passeports diplomatiques le 24 juin alors qu'il était exclu des voyages officiels et qu'il ait continué à s'en servir après son départ de l'Elysée ? Il a dit à la commission qu'il les avait remis à l'Elysée. Des avantages que n'obtient jamais un Chef de Cabinet. D'où les omissions, les incohérences, les contradictions des trois collaborateurs du Président : Alexis Kohler, le secrétaire général, Patrick Stroda, le DirCab, et le Colonel Lavergne.

Comment expliquer justement ces contradictions ?

Au cœur de l'histoire, il y a les rapports de confiance que le couple Macron avait noué avec Benalla pendant la campagne. Ils se sont entichés de lui, parce qu'il s'était montré irremplaçable, l'homme à tout faire, efficace, disponible. On lui donnait les clés de la maison, calme, de bonne humeur, inventif, exceptionnel, selon les témoignages. Il séduisait tout le monde. Conscient de son pouvoir, ses désirs n'avaient plus de bornes. En raison de son lien avec le Président, on n'osait rien lui refuser donc, il demandait. Mais il n'est pas prouvé qu'Emmanuel Macron était au courant de ces exigences hors norme.

Et puis il faut se rappeler de l'atmosphère des débuts, l'atmosphère de l'arrivée au pouvoir. Emmanuel Macron était le génie politique, qui allait faire plier Trump, relancer l'Europe et qui avait viré le Général de Villiers. On avait la trouille de Macron dans les sphères du pouvoir. Alors pas question de refuser quelque chose à Benalla, qui en profitait. Donc, il s'était attribué un rôle actif dans l'organisation de la sécurité, sans que sa hiérarchie y ait fait obstacle.

La commission a révélé qu'il y avait eu aussi de probables conflits d'intérêt.

Ce fameux contrat juteux signé en mars, alors qu'il travaillait à l'Elysée, avec un oligarque russe, Iskander Makmudov. C'était faire rentrer une taupe russe à l'Elysée... Attention, danger !

Conclusion ?

Ces faits sont l'illustration de l'inexpérience politique et de la naïveté des débuts. La présidence a péché par manque de précaution. Alors heureusement qu'il y a des contre-pouvoirs. Vive le Sénat !