Le jour où Macron n’a pas repris le cours normal de sa vie

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La revue de presse est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Ce vendredi matin, la presse semble illustrer cette phrase prononcée lundi par Emmanuel Macron : "Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vie".

C’est le temps des remises en question, changer ou continuer comme avant. Le maire de Strasbourg et ses habitants ont choisi, eux, de reprendre le cours normal de leur existence après l’attentat. "L’objectif est de retrouver notre mode de vie, notre manière d’être, nos valeurs, qui ont été pris pour cible", propos tenus ce jeudi par Roland Ries rapportés par les Dernières Nouvelles d’Alsace. À la Une de Libération se sont des "gilets jaunes" qui s’interrogent "continuer à manifester à Paris ou y renoncer" ? "Gilet ou j’y vais pas", titre le quotidien. Idem pour la politique européenne de la France, on garde le cap ou on le change. Bref, ce vendredi matin, la presse collection les examens de conscience.

"Nul, tu es nul"

Quand le Président dit lundi dernier que "nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies", il pense d’abord à lui-même et à sa façon d’exercer le pouvoir. Pour s’en convaincre, il faut lire ce matin le Parisien-Aujourd’hui en France un papier qui commence par un coup de fil d’un proche au président lui-même et qui démarre ainsi "Nul, nul, tu es nul", rapporte Le Parisien Aujourd’hui en France sans dire qui est ce fidèle du chef de l’État qui lui parle aussi directement. Et le quotidien d’expliquer comment Emmanuel Macron rudoyés par ses soutiens a mûri son intervention de lundi. Il n’a quasiment pas accordé de rendez-vous mais échangé des dizaines de SMS. "C’est la première fois qu’une crise gouvernementale est gérée par texto", sourit un macroniste. Le Président a surtout consulté des vieux briscards de la politique, Jean-Paul Delevoye, Richard Ferrand mais il a surtout travaillé seul, s’est méfié des pressions de Bercy et de ses technocrates. L’audience de l’intervention télévisé l’a un peu rassuré, il n’est pas "hollandisé" mais un ami préviens "s’il ressort une phrase à la con, cette fois ça comptera double".

"Gilet ou j’y vais pas" : manifester à Paris ou pas

Libération met au jour une sorte de flottement chez les "gilets jaunes" sur la poursuite ou non du mouvement. On se tâte sur les ronds-points après les annonces du président et l’attentat de Strasbourg. Et si vous lisez les éditos ce matin, à part la Marseillaise qui paraphrase Mélenchon avec ce titre "Manifester ? Un droit sacré", le ton serait plutôt, "allez, soyez raisonnables". "À force de tourner en boucle sur les ronds points, il faut se méfier de la tête qui tourne", lit-on dans le Midi libre. "Il n’y a rien de scandaleux à se mettre en mode pause", suggère le Journal de la Haute-Marne. Mais face à la tisane journalistique, la plupart des "gilets jaunes" n’en démordent pas. Attentat ou pas ils iront manifester. Thiphaine "plutôt deux fois qu’une" ou Hélène parlant de son mari "Quitte à mourir, ce sera pour le peuple". L’acte V est bien parti.

Experts et journalistes : le Médiaculpa

Ça concerne les experts scientifiques et techniques, comme l’explique Libération. Avec la publication d’un rapport de France Stratégie qui dresse un bilan très négatif de la crise de confiance populaire dans la parole des sachants, des experts et des savants. Diagnostic assez proche dans les Échos avec une tribune signée par Laurent Guimier (Vice-président d’Europe 1) et son conseiller Guy Birenbaum bien connus de nos services. Ils publient un texte intitulé notre Médiaculpa, texte qui dit lui aussi qu’avec cette crise les médias ne pourront plus reprendre le cours normal de leur vie. Défiance, manque de proximité, déficit de représentativité, coupure avec le terrain, tous les éléments à charge du procès fait aux médias depuis des années y passent, procès décuplé par l’émergence des réseaux sociaux. Battre sa coulpe oui mais avec un objectif : redevenir un médiateur, fiable, équitable et proche des publics. Si la corporation médiatique n’y parvient pas, ce ne sont plus les "mea culpa" qui la sauveront et c’est la démocratie qui le regrettera.