La folie des pétitions

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La revue de presse est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque jour de cette semaine, Eve Roger scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

 C'est l'heure de la revue de presse d'Eve Roger, bonjour Eve.

Bonjour Pierre, bonjour Marlène, bonjour à tous

La presse ce matin n'a pas choisi son camp

Il y a ceux qui font encore durer l'esprit de Noel comme le Figaro qui titre sur "La charge du Pape contre le consumérisme", ou la Croix qui a vu dans son message une "invitation à la fraternité", d'autres qui regardent en arrière avec les incontournables rétrospectives de 2018, et puis ceux qui regardent devant. Et parfois ça fait peur : Libération par exemple fait sa Une autour des conséquences du changement climatique sur l'agriculture avec ce titre, "Des grains sur le grill". Où comment cultiver demain le café, le riz, ou le maïs entre épisodes de sécheresse et d'inondation.

Mais le sujet qui captive tout le monde ce matin, c'est la pétition.

Cette pétition lancée par quatre ONG pour dénoncer l'inaction de l'Etat sur le changement climatique fait un tabac avec plus d'1,7 million de signatures. Elle s'appelle "L'Affaire du siècle", c'est en tous cas l'affaire du moment. Et le Parisien- Aujourd'hui en France donne la parole en Une au premier visé, le ministre de l'environnement François de Rugy.

Grand seigneur, il se dit très heureux que les citoyens s'expriment pour lutter contre le dérèglement climatique, mais il considère quand même que ce n'est pas dans un tribunal qu'on va faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Et pourtant le quotidien raconte dans la page d'à côté qu'aux Pays bas, c'est bien un tribunal, saisi par des citoyens, qui, il y a trois ans, a ordonné à l'Etat de baisser ses émissions de CO2. Résultat : le gouvernement a annoncé la fermeture de six centrales à charbon

Mais le principe même de la pétition ne fait pas l'unanimité.

Oui, l'éditorialiste du Courrier Picard relève un paradoxe. La première pétition des "gilets jaunes" pour la baisse du prix du carburant a été un franc succès avec 1,2 million de signataires, et voilà que celle qui va dans le sens inverse - en accusant l'Etat de ne pas en faire assez contre le réchauffement climatique - bat maintenant des records. "Dans les deux cas, le peuple a parlé, écrit-il, et le peuple dans sa schizophrénie a dit une chose et à peu près son contraire".

C'est "la valse des pétitions" renchérit Florence Couret en Une de la Croix qui pointe les limites de l'exercice :  "La pétition entretient un face à face factice entre l'Etat et le 'peuple'", écrit-elle. "Elle valorise les postures du 'pour' ou du 'contre' alors que dans la perspective du débat public, il faudra probablement moins de pétitions et plus d'esprit de concession.

Peu importe les paradoxes, La Dépêche du midi fait sa Une sur ces "pétitions qui enflamment le net" : huit d'entre elles ont tout changé écrit le journal. Le carburant, le climat, mais il y a aussi la grâce présidentielle pour Jacqueline Sauvage, ou les violences conjugales lancée par Muriel Robin.

Mais pas de pétition contre les "gilets jaunes".

Pas encore, mais le dossier des Echos sur l'impact économique du mouvement est sans appel : "c'est un choc majeur pour l'économie", écrit le journal. L'impact est aussi lourd que les grèves de 1995 ou les attentats du Bataclan affirme le journal. La banque de France estime que les "gilets jaunes" ont fait perdre 0,2 point de PIB, avec une perte de richesses entre 2,2 et 4,4 milliards d'euros. Alors les secteurs les plus touchés sont le commerce, les transports, le tourisme avec moins 10% à Paris et en Ile de France par rapport à l'an dernier. Ça chute même jusqu'à 30% dans le secteur des Champs Elysées et la très chic Avenue Montaigne.

Même si, racontent les Echos, effet des vases communicants, les commerçants de la Vallée village du coté de Disney ont vu leurs chiffres bondir de 50%. "Ça suffit" s'exclame en écho Nicolas Beytout dans l'Opinion : les dégâts infligés à l'économie sont immenses, le chômage partiel est devenu une réalité et la croissance - déjà fragilisée - peut lourdement trébucher. Et il prévient les "gilets jaunes" : "pas la peine de continuer, il n'y aura RIEN DE PLUS à distribuer".

Ce serait bien que les manifestations s'arrêtent, et pas seulement pour l'économie.

Oui, l'Express ce matin nous raconte le quotidien de jeunes femmes impactées par la violence des "gilets jaunes". Elles s'appellent Anaïs, Jade, Alicia ou Bérénice, elles ont 22, 23, ou 26 ans et ont choisi d'être CRS ou gendarmes mobiles. Elles étaient donc aux premières loges face aux manifestants en décembre et il faut lire ce qu'elles ont subi, c'est ahurissant. Alicia à Bordeaux raconte : "Les projectiles pleuvaient, j'ai reçu un panneau de signalisation sur la visière, un engin explosif dans les pieds et une barrière de chantier sur le bras". A l'arrivée : traumatisme crânien et blessure à l'épaule.

A Paris, Anaïs a vu voler des pierres, des bouteilles, des extincteurs, des grilles et a reçu un pavé sur le tibia.

Et pourtant, elles ne plaignent pas. Au contraire, elles ont rêvé de ce boulot et ce n'est pas facile de se faire une place auprès de collègues masculins qui souvent ricanent à cause de leur petit gabarit.

Et pourtant, elles y vont. Pendant les manifs, c'était des journées de 20 heures, levées à 3h et quart au milieu de la nuit, couchées à une heure du matin le jour d'après. Fortiches les filles !

Et pour terminer, un défi lancé par l'explorateur Jean-Louis Etienne.

C'est tout bonnement ahurissant, il est en train de construire un bateau de 100 mètres qui va naviguer, ou plus exactement dériver, à la verticale. 75 mètres sous l'eau comme un iceberg, 25 mètres au-dessus, son nom : le Polar Pod. Certains d'entre vous ont déjà dû en entendre parler, j'ai retrouvé des articles vieux de quatre ans, mais dans l'interview du Figaro ce matin, Jean-Louis Etienne assure que son engin sera prêt en 2019.

Prêt à dériver pendant deux ans autour du pôle sud autour de l'antarctique pour percer les mystères de l'Océan austral dit-il. En l'occurrence, étudier la concentration de CO2 et faire l'inventaire les animaux marins. Alors pourquoi vertical demande le journaliste ? Et bien parce que c'est la seule façon d'affronter les pires mers du monde répond l'explorateur. La surface exposée aux vagues est très réduite et la nacelle sera à 10 mètres au-dessus de l'eau est loin de l'impact de la houle. Alors s'il y arrive, moi je vous dis, pas besoin de pétition pour saluer l'exploit !