Incendie de Notre-Dame de Paris : l’histoire d’une émotion et d’une douleur collective

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
Partagez sur :

Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

La presse et les éditorialistes racontent l’histoire d’une émotion et d’une douleur collective

Les éditos sur le parvis de nos émotions face au drame. À commencer par le journal La Croix dont le photographe a saisi l’instant où la flèche de Notre-Dame s’effondre et ce titre "Le cœur en cendres". C’est le même instant que choisit le Figaro pour évoquer "Le désastre" quand le Midi Libre parle de la "Tragédie de Paris". "Notre-Dame ravagée", titre Ouest France"L’Impensable" choisit le Télégramme. "Impensable" c’est le mot pour dire le recueillement, la sidération et l’incrédulité face à des images qui renvoient chacun aux soubassements de la relation qu’il entretient avec cet édifice.

"C’est une amie commune qui a disparu se désole", Michel Klekowicki dans Le Républicain Lorrain. "Notre-Dame fait partie de nous-même", analyse François Verna dans La Marseillaise alors que Yann Marec pour le Midi Libre parle de "la douleur de ces croyants qui entrent en semaine sainte et ressentent probablement une douleur immense, une douleur qui touche à ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, ce petit fil qui relie la vie terrestre à une croyance divine. C’est forcément un déchirement", dit-il.

Mais nul besoin d’être croyant pour ressentir ces émotions. Comme après la tempête sur le parc de Versailles, comme après le saccage de l’arc de triomphe, "les Français ont montré leur attachement à leur patrimoine", explique Bertrand Meinnel du Courrier Picard.

"C’est peut-être ici la clé de voûte de ce sentiment collectif qui est en jeu, l’attachement indéfectible que les Français portent à leur passé et qui fabrique une unité nationale sans faille", note Dominique Garraud dans la Charente Libre qui évoque la fonction historique de cette grande dame quasi millénaire. Un passé millénaire mais également un passé récent.

Laurent Bodin dans l’Alsace rappelle que ce sont les cloches de Notre-Dame qui ont sonné la Libération de Paris de même qu’elles ont retenti après les attentats du 13 novembre 2015. Les éditorialistes racontent donc ce matin les fondations culturelles d’une douleur populaire. Religieuses, patrimoniales, historiques mais également littéraires. Dans la Charente Libre, Dominique Garraud cite Victor Hugo qui dans Notre-Dame de Paris cauchemardait une cathédrale déserte, inanimée, morte, squelette que l’esprit a quitté.

Dans Le Figaro, Etienne de Montety fait référence au poète du sentiment national Charles Péguy qui aimait en Notre Dame "celle qui est infiniment noble, infiniment courtoise, infiniment mère, infiniment joyeuse, infiniment douloureuse".

On pourra aussi citer Sylvain Tesson qui emprunta l’escalier sans fin d’une tour de Notre-Dame des dizaines de fois en guise de rééducation après son accident. Mais nul besoin d’avoir lu Peguy, Hugo ou Tesson pour lui être attaché.

Dans Le Parisien Aujourd’hui en France, Jean-Baptiste Isaac voit dans Notre-Dame, la compagne fidèle des amoureux de Paris dans les beaux jours comme dans la brume de l’hiver et l’éclat rougeoyant d’un soleil couchant. Le Parisien-Aujourd’hui en France qui explore les travées d’une culture populaire qui s’accroche aux gargouilles de nos souvenirs d’enfance. Prévert chanta Notre-Dame en coécrivant le scénario du film tiré du roman avec Gina Lollobrigida en Esmeralda et Anthony Quinn en Quasimodo. C’était en 1956, viendrait 40 ans plus tard le bossu de Notre Dame par Disney et bien sûr la comédie musicale dont les tubes ont envahi les karaokés.

Mais peut-être faut-il remonter vers un âge plus tendre encore pour retrouver la cathédrale dans des souvenirs enfouis. Dans une comptine pour les tout petits dont se rappelle avec émotion l’éditeur et chroniqueur à la Vie François Huguenin sur le site Catholique Aleteia "Les tours de Notre-Dame et le clocher de mon pays" : c’est ce vieux chant populaire, "Auprès de ma blonde", qui lui revient en mémoire, au moment où il revoit les images inouïes de l’effondrement de la flèche de la cathédrale de Paris.

Inutile de scruter les réseaux sociaux ce matin pour s’apercevoir que chacun à sa façon, éditorialiste, touriste, parisien, provincial, étranger, badaud, croyant, passionné d’histoire ou grand lecteur a, selon l’expression de La Croix, "le cœur en cendres". Notre-Dame de Paris fait la Une des journaux de France et du monde entier, elle est là, dans le roman national comme dans l’album familial. C’est le meilleur gage de son éternité.