A la Une : que disaient les cahiers de doléances en 1789 ?

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Bonjour David Abiker, pour votre revue de presse de ce mardi 15 janvier vous voulez commencer par parler du déplacement d'Emmanuel Macron dans l'Eure.

Bonjour Nikos ! Oui, puisque le président surnommé "le maître des horloges", il se rend ce matin dans l’Eure pour rencontrer des élus locaux et lancer le grand débat. Nous de notre côté, on va feuilleter le Courrier de l’Eure et remonter le temps.

On commence par la quatrième page : grâce aux archives départementales, nos confrères ont eu accès aux cahiers de doléances de l’année 1789. Les Français y pointaient déjà une crise de société, une fracture entre les riches propriétaires fonciers et le corps productif méprisé. Dans le cahier de doléance du Tiers Etat du Grand Baillage d’Evreux la question de la fiscalité revient 118 fois ! On y dénonce la mauvaise répartition de l’impôt, les privilèges fiscaux, la hausse des prix des céréales.

Entendu sur europe1 :
Dans le cahier de doléance du Tiers Etat du Grand Baillage d’Evreux la question de la fiscalité revient 118 fois !

On réclame l’abolition de la gabelle et une nouvelle constitution. Également dans le collimateur, la cupidité des compagnies qui s’enrichissent au détriment des sujets. On s’en prend aussi aux mendiants qui cachent probablement des paresseux et des gourmands. 2019 semble n’avoir rien inventé…

Et le Courrier de l’Eure conclut qu’en 1789, les cahiers de doléances du département furent une réussite, organisés de façon exemplaire. 230 ans plus tard, voilà qui met la pression au président et aux organisateurs du grand débat national.

La presse cherche les non-dits de la lettre aux Français

La presse questionne encore la raison d’être du débat, critique son organisation, se fait l’écho des états d’âme des élus locaux, de la défiance des "gilets jaunes". Les éditorialistes s’interrogent sur l’ouverture d’une boite de Pandore tel Philippe Marcacci dans l’Est Républicain ou Stéphane Siret dans Paris Normandie qui redoutent un "capharnaüm", autrement dit une grande pagaille. La presse de penche sur la lettre envoyée hier, la décortique, la décrypte, tente de lire en les lignes, on craint l’arnaque ! "Lettre de Macron, les messages cachés" titre la Dépêche du Midi, l’Opinion parle des non-dit du Président sur l’Europe, sur la PMA pour les femmes en couple, où tout simplement sur les intentions dissimulées de la lettre : chasser sur les terres de la droite avec l’immigration.

Cela revient-il à une certaine peur du débat ?

Même si Sud-Ouest, les Dernières Nouvelles d'Alsace ou le Courrier Picard font la Une sur le mode emploi du débat, des interrogations sur le fond et la forme subsistent. C’est à croire que nos journaux expriment une contradiction bien française : on veut un débat mais dès qu’il est là, personne ne se met au premier rang. Et il faut patienter pour que la première question soit posée. C’est ça aussi les contradictions françaises

Dites-nous en plus sur ces contradictions

Libération pointent celles qui conduisent Chantal Jouanno à refuser de piloter un débat la semaine dernière, à en critiquer l’organisation hier dans un rapport rendu public, tout en restant à la tête de la commission nationale du débat public. Même si sa critique des modalités du débat est argumentée, ça risque d’échapper au bon sens des Français. Et puisqu’on évoque Chantal Jouanno, le site Les Jours soulève une nouvelle fois le sujet de la rémunération de celle qui va piloter le débat à la place de Chantal Jouanno : Emmanuelle Wargon. La secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire a perçu du groupe Danone 475.889 euros sur neuf mois en 2018, rappelle Les Jours, avant de rejoindre le gouvernement.

Entendu sur europe1 :
Et si le grand débat avait pour ambition de répondre à cette question : quelle est la raison d’être d’une République moderne ? 

N’est-ce pas trop pour débattre avec la France des bas salaires ? Et là on peut se poser deux questions : faut-il indexer la légitimité du poste sur le salaire, qui plus est un salaire d’avant ? Faut-il ensuite se désoler qu’une femme ait tant gagné dans un poste de direction alors que l’on se désole à longueur de temps que les femmes n’accèdent pas à de tels niveaux de responsabilités et de rémunération ? Là encore, la France n’est pas au bout de ses contradictions. Surtout quand il est question d’argent.

On change de sujet avec le MEDEF se trouve une raison d’être, on ne rit pas

Où l’on apprend que le MEDEF s’est trouvé une raison d’être "Agir pour une croissance responsable". A quoi servait-il avant ricaneront ses opposants. Le Figaro nous explique que le MEDEF s’aligne sur la loi Pacte examinée demain au Sénat. Cette loi incite les entreprises à écrire dans leurs statuts leur raison d’être. On est là pourquoi ? Qu’est-ce qu’on fabrique en ce bas monde ? Que peut-on faire pour la société, pour l’environnement quand on est une entreprise ? C’est quoi ma raison d’être ? Tout le monde peut se poser la question. Pas seulement les entreprises.

Un salarié qui se demande pourquoi il travaille dur. Le "gilet jaune", qui peut lui se demander pourquoi il n’a pas de boulot ou pourquoi son boulot paye si mal. Le commerçant, qui se dit mais c’est quoi ma raison d’être si je travaille pour payer des impôts et des charges dès le 15 du mois ? Et si le grand débat avait pour ambition de répondre à cette question : quelle est la raison d’être d’une République moderne ? C’est quoi notre raison d’être ensemble sur ce territoire hexagonal ? Nous Français, nous avons deux mois pour trouver des réponses.