À la une : l'"acte 9" des "gilets jaunes", la passion du soupçon et le "ravin social" qui divise la France

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Bourges ville prédestinée pour les "gilets jaunes" ?

Vendredi matin dans la presse, et particulièrement dans la presse régionale, on redoute les manifestations des "gilets jaunes" de samedi. Les policiers du Var sont inquiets avant l"'acte 9", titre Var-Matin. Au Mans, dans la Sarthe, on redoute une opération coup de poing. Dans le centre-ville, c'est la crainte d’une manifestation violente, titre Le Maine Libre. Mais s’il y a une ville qui a peur de prendre cher, c’est Bourges.

Bourges ou Paris pour l"'acte 9", s’interroge le Point.fr, Bourges ou Paris les "gilets jaunes" hésitent. Dès lundi, La République du Centre relayait leur appel lancé sur Facebook ; un appel à manifester dans une ville centrale et accessible facilement. Bourges qui prend ses précautions vendredi matin, explique Le Berry Républicain. Bourges où on a démonté des horodateurs, où on fermera l’hôtel de ville samedi.

Bourges où les représentants des commerçants berruyers appellent vendredi à l’ouverture demain car ce sera un des samedi les plus importants de l’année pour les soldes. Bourges, connues pour Les très riches heures du duc de Berry, Bourges ville de Jacques Cœur grand argentier du royaume de France. Bourges qui est aussi le diminutif de bourgeois, comme si choisir Bourges était aussi pour le mouvement une façon de dire la défiance des petits vis-à-vis des bourgeois.

La défiance, c’est la une du Figaro

Institutions, Elites la Grande défiance des Français. Mesurée chaque année par une enquête du CEVIPOF, elle augmente nous explique le quotidien. Lassitude, morosité, méfiance, tous les indicateurs sont à la hausse. 37% des personnes interrogés éprouvent de la méfiance vis-à-vis des politiques, pire 32% évoquent du dégoût. Parmi les politiques c’est le maire qui s’en sort le mieux mais justement, les maires sont eux aussi dans une posture de défiance vis-à-vis du pouvoir central qui veut leur faire animer le fameux grand débat dont certains ne veulent pas être les porte-flingues. C’est ce que nous dit en substance La Presse de la Manche.

Mais le plus intéressant dans ce que Le Figaro appelle un tsunami de défiance, c’est la répartition de cette défiance selon le revenu. Les Français qui gagnent plus de 6.000 euros par mois sont 27% à avoir encore confiance dans la politique. Ceux qui gagnent moins de 1.200 euros mensuels ne sont plus que 13%. En clair, plus on est fauché plus on se méfie de la politique. Ce qui fait dire à Vincent Tremollet de Villers dans son édito que la passion du soupçon s’est emparé de la population et ce soupçon vise les journalistes, les banquiers, les syndicats, bref des professions considérées comme embourgeoisées. Et dans le Midi Libre Yann Marec consacre deux France : celle des cagnottes pour casseur et les autres, celle des ronds-points et les autres, celle des fakes news et les autres.

Le salaire de l’aristocratie d’État

Jean-Marc Chevauché du Courrier Picard revient sur la polémique autour du salaire de Chantal Jouanno qui a révélé une nouvelle fois dit-il « le ravin social » qui divise cette France. 14 000 euros, 9000 patates ca fait combien de pommes de terre pour nourrir 200 SDF. On approfondira ce sujet des privilégiés qui nous gouvernent en lisant Libération qui titre hauts fonctionnaires les salaires de la discorde. Et ce paradoxe, Libération défend une haute fonction publique bien payée certes mais moins que dans le privé et qui bosse. Noblesse d’Etat certes mais travailleuse et dévouée. Si coupure il y a c’est aux élus qu’elle n’incombe pas à ceux qui les servent.

Les montages fiscaux de Ghosn

Alors évidemment l’affaire Carlos Ghosn n’arrange rien. Challenge souligne combien certains montages fiscaux souvent légaux mais insupportables dans le contexte actuels autorisent certains grands dirigeants d’entreprise à recourir au système de rémunération différée à l’étranger leur permettant de se constituer une cagnotte (encore des cagnottes) dont ils profiteront plus tard dans un pays à fiscalité douce. Tout ça donne des arguments aux "gilets jaunes" et aux démagos et alimente le racisme d’assiette, la jalousie de l’autre, le fameux soupçon, la fameuse défiance.

Le "racisme d’assiette", c’est une expression de Jean-Paul Delevoye celui que les Echos surnommaient en décembre l’évangéliste du débat sur les retraites. Jean-Paul Delevoye ancien maire, ancien ministre de Chirac que certains verrait bien conduire aujourd'hui le grand débat national car il en aurait l’étoffe et la personnalité.

Dans le coffre-fort des riches…

Et puisqu'on parle d’argent, on lira dans Les Échos du Week-End un reportage étonnant sur la manufacture allemande Buben et Zorweg, spécialisée dans la fabrication de coffres-forts et meubles sécurisés pour les riches, avec du cuir, des métaux précieux, des mécanismes ultra complexes. Des coffres que s’arrachent les millionnaires, les people et les familles royales d’Europe et dont le prix ferait bondir n’importe quel smicard.

Parmi ces coffres de collection, le 007 dont le mécanisme à vérin est inspiré par le film Goldfinger. A l’ouverture un système reconnait les empreintes digitales du riche propriétaire, le plateau de l’horloge installée sur le couvercle se soulève et laisse apparaître des tiroirs pivotants. C’est dans ces tiroirs que les riches cachent ces fortunes dorées qui font rêver les envieux ou qui indignent les "gilets jaunes".