A la Une - fake news, mensonge, arnaque et esbrouffe

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La revue de presse est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Bonjour David, à la Une des journaux ce matin, c'est fake news, mensonge et arnaque.

Bonjour Pierre, bonjour à tous. Oui, "La fake news qui venait de l’Intérieur" titre ce matin Libération, qui revient sur la fabrication d’un emballement politique et médiatique après que le ministre de l’Intérieur a dénoncé sur Twitter mercredi à 17h04 "une attaque" de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. Au mot fake news, la Provence préfère parler d’un "intenable mensonge" assorti d’un portrait de Christophe Castaner, "un mensonge contredit par les faits qui se sont déroulés le 1er-Mai". Les autres journaux sont plus circonspects.

Le Parisien Aujourd’hui en France préfère évoquer les dessous d’une "attaque". Le mot attaque étant encadré par une paire de guillemets pleine de précautions. Mais dans le Figaro le mot attaque devient "intrusion" : "alors que Castaner a dénoncé une attaque, des vidéos semblent le contredire" sous-titre le quotidien. Mais dans Ouest France c’est "l’intrusion dans l’hôpital qui elle-même devient un peu flou". Lire la presse ce matin, c’est réaliser que choisir les mots pour dire ce qui s’est réellement passé à la Pitié-Salpêtrière est un exercice tout aussi périlleux que maintenir l’ordre, manifester sous les lacrymogènes ou exercer les fonctions de Ministre de l’Intérieur…ou de médecin réanimateur.

"Castaner a tweeté plus vite que son ombre"

A commencer par Alexandra Schwartzbrod dans Libération "Tel Donald Trump, Castaner a tweeté plus vite que son ombre". Et elle affirme qu’après visionnage de "plusieurs vidéos et enquête de Libération les manifestants n’ont pas cherché à attaquer ce service de réanimation mais plutôt à fuir la Police". Dans l’Union Sébastien Lacroix tire déjà la morale cruelle de l’histoire "soit Christophe Castaner est mal informé, soit il est un menteur patenté, dans tous les cas si la loi anti-fake news avait cours, il serait déjà à Fleury-Mérogis".

Lire la presse ce matin, c’est réaliser que choisir les mots pour dire ce qui s’est réellement passé à la Pitié-Salpêtrière est un exercice tout aussi périlleux que maintenir l’ordre, manifester sous les lacrymogènes ou exercer les fonctions de Ministre de l’Intérieur

 

N’exagérons rien et préférons la pondération d’un Michel Klelowicki dans le Républicain Lorrain "Dans cette guerre de l’image que se livrent 'gilets jaunes' et gouvernement, l’incident a pris des proportions peu en rapport avec les faits. Plus qu’une anecdote, cette double lecture est le symptôme de l’immense fossé qui sépare la rue de l’Etat".

Une arnaque planétaire aux placements sur Internet

C’est à la Une du Télégramme, qui occupe les gendarmes bretons en lutte avec un réseau international d’escroquerie en ligne qui a fait remonter l’enquête jusqu’en Israël, où le principal suspect a été interpellé fin février. Les escrocs agissent en quatre temps. Ils créent des sites crédibilisés par des dizaines de faux commentaires vantant des rendements de 20 à 40 %. Ils collectent ensuite les coordonnées des premiers pigeons et les contactent pour inciter par exemple ces retraités bretons à placer progressivement leurs économies.

L’argent collecté par millions voire par milliards sera ensuite pris en charge par une filière de blanchiment. Et les arnaqués viennent de tous les milieux explique le Télégramme : des profs d’économie, des instituteurs, des agriculteurs. "Tout d’un coup explique le président de l’association d’aide au consommateur, vous tombez sur des gens qui s’intéressent à vous, vous demande des nouvelles du chat" et vous avez envie d’y croire, envie d’y croire ou pas. 

Les Ascoval soulagés mais dans le doute

C’est un peu comme le sauvetage d’Ascoval en une ce matin de la Voix du Nord. "Le soulagement sans l’Euphorie" et cet édito d’Hervé Favre intitulé "Ceux qui croient en l’acier et ceux qui n’y croient plus". Ils se sont tellement battus les Asvocal, qu’ils ont du mal à y croire justement. "C’est le soulagement pour tout le monde mais on reste dans le doute" résume ainsi Michaël après la décision du tribunal de valider la reprise de l’usine par British Steel. Il est soulagé Michaël mais il reste dans le doute comme si l’époque qui carbure aux effets d’annonce, aux théories du complots, aux fake news avait fait du mensonge la règle et de la vérité l’exception.

"Plus qu’une anecdote, cette double lecture est le symptôme de l’immense fossé qui sépare la rue de l’Etat"

 

Et c’est vrai que le monde tourne souvent au mensonge, voyez Trump dont le Washington post annonçait en début de semaine le 10.000e mensonge, la 10.000e fausse déclaration. Voyez aussi l’Opinion qui fait sa une sur les méthodes du député de la France Insoumise François Ruffin.

Ruffin : esbrouffe et coups d’éclat

Il organise demain un grand barbecue anti-Macron, il est persuadé que le président est haï des Français, c’est un as de la communication… Pour l’Opinion, le député de la France insoumise ne ment pas, "il pratique le bluff et la mise en scène, le coup d’éclat permanent". Il scénarise soigneusement ses prises de paroles ou les altercations qu’il crée avec la république en marche. Celui qui pratique l’esbrouffe nous dit le dictionnaire linguistique en ligne du CNRS déploie des manières et des propos fanfarons et hâbleurs pour en imposer ou étourdir son entourage.

Sur le mensonge volontaire ou pas, il n’y a aucune ambiguïté le mensonge est le contraire de la vérité, mais l’esbrouffe pratique tout à la fois l’arnaque, le mensonge voire la Fake News. L’esbrouffe un mot ambigu jusqu’à son orthographe puisqu’il s’écrit avec un "f"… ou deux.