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Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Bonjour Nikos, oui il s'agit de la "benallisation" des esprits. L’expression est de Maurice Bontinck dans son édito de la Charente Libre après la mise en ligne hier de l’enregistrement d’une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase. "Benalla ment devant les sénateurs, et alors ? Benella ment à la justice en ne respectant pas son contrôle judiciaire ? Et alors ? Benalla fait du business avec un milliardaire russe proche de Poutine et de milieux mafieux alors qu’il avait un bureau à l’Elysée, et alors ?

C’est ça la "benallisation des esprits". Un feuilleton dont les Français sont las mais qui alimente le cynisme en politique, la défiance envers les médias et la presse et renforce le dégoût d’une République exemplaire. Comment voulez que les Français parviennent à croire que la violence envers les 'gilets jaunes' est plus grave que la violence affairiste de certains dirigeants ?" conclut Maurice Bontinck. En fait la "benallisation des esprits" elle attaque un de nos bien le plus précieux, c’est tout simplement la vérité. Vérité et mensonge c’est le thème de la revue de presse ce matin.

Faire la vérité sur les violences policières et le cas de Jérôme Rodriguez, il en est question ce matin dans la presse.

Alors que les "gilets jaunes" envisagent de manifester demain avec des centaines de personnes blessées pendant les manifestations, alors que la loi anticasseurs est débattue au parlement, alors qu’on saura ce matin si le conseil d’Etat se prononce en faveur de l’interdiction du LBD 40, Le Monde revient ce matin sur le difficile cheminement de la vérité quand il s’agit d’établir les conditions et le contexte des blessures infligées aux manifestants. Le cas Jérôme Rodriguez montre que c’est compliqué.

C’est compliqué, c’est long d’établir la vérité quand il est si facile d’installer le mensonge

 

Ce porte-parole des "gilets jaunes" assure avoir été atteint à l’œil par une balle de LBD 40 tirée samedi place de la Bastille. Rien ne le prouve assure dimanche le ministère de l’intérieur vidéo à l’appui. Mais d’autres éléments infirment depuis lundi ces dénégations, le rapport tardif d’un tireur de LBD lui-même et une vidéo tournée sur place par un manifestant. C’est compliqué, c’est long d’établir la vérité quand il est si facile d’installer le mensonge.

Combattre le mensonge c’est l’objectif affiché de la loi anti-fake news

C’est la Une du Figaro. Son objectif c’est d’empêcher vite la circulation des fausses nouvelles pendant une élection. Et le président du Tribunal de Grande Instance de Paris qui aura cette lourde tâche via un décret publié hier s’inquiète de l’ampleur de la tâche. "Pas un jour sans que quelqu’un ne se dise menacé ou injurié, surtout avec la crise des 'gilets jaunes'", explique-t-il comment dès lors la justice va-t-elle traiter des cas portés à sa connaissance en 48 heures chrono. On a aucune idée du nombre de dossiers dont elle sera saisie.

Et Laurence de Charette dans son édito met en garde, attention à ce que la chasse au mensonge ne se transforme pas en chasse au populisme lequel s’exprime volontiers sur les réseaux et notamment Facebook. Le plus grand effet pervers de la chasse au fake news c’est qu’elle menace la liberté d’opinion et d’expression.

Facebook qui fait la Une de l’Opinion

Facebook qui fêtera ses 15 ans la semaine prochaine et qui lui aussi lutte la main sur le cœur contre les fakes news avec ses 30 000 chasseurs de mensonges. Après leur passage, la visibilité des fake news, les infox chuteraient de 80 %. C’est un enjeu important si on se rappelle le rôle joué par le réseau durant la campagne de Donald Trump. Ceci dit ce n’est pas Facebook qui va nous protéger de ce qu’on appelle désormais les Deepfakes à la une du site Impact Campus.

Les deepfakes sont des vidéos trafiquées à l’aide d’intelligences artificielles qui font dire à peu près n’importe quoi à n’importe qui. Aujourd’hui, c’est un enregistrement de Mediapart qui permet de pointer les mensonges de Benalla devant la commission d’enquête parlementaire, ce sont les vidéos amateurs ou embarquée par les policiers qui permettent de savoir s’il y a eu bavure ou pas. Eh bien demain avec les deepfakes il faudra se méfier de l’image et du son.

Pour finir on lira ce mois-ci le magazine l’Histoire qui consacre son dernier numéro à l’inquisition et aux sorcières. On peut y lire l’extrait d’un procès tenu en 1448. Le procureur y interroge un dénommé Jacquet soupçonné d’intelligence avec le diable. Voilà les questions. Est-il vrai que le dénommé Jacquet a renié la Vierge Marie ?

Deuxième question, est-il vrai qu’il s’est réuni dans une synagogue pour y dévorer de la chair humaine comme le loup ? Est-il vrai qu’il a reçu du diable un sortilège qu’il portait au bras, cousu entre la chair et la peau ? Est-il vrai que le dénommé Jacquet s’est déplacé dans les airs avec l’aide du diable ?  Que révèlent ces questions de l’inquisiteur il y cinq siècles ? Qu’au nom de la vérité on fabrique parfois du mensonge.