À la Une : boulot fait pour Kevin Mayer et boulot à faire pour Ben Smith chez Air France KLM

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Trois heures d'info
Partagez sur :

Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Ce matin dans la presse on parle boulot. Il y a d’abord celui qui a fait le job, Kevin Mayer qui a pulvérisé hier le record mondial du décathlon. L’Équipe célèbre un record de dingue. "Phénoménal" titre Sud-Ouest. Il y a celui qui doit faire le job, Ben Smith, qui démarre ce matin avec l’objectif de sauver Air France-KLM, c’est la Une des Échos. Et puis il y a celui qui vous trouve un job, c’est le président de la République qui lance à ce jeune diplômé en horticulture sans emploi "Un travail, je traverse la rue et je vous en trouve un".

"Un travail, je traverse la rue et je vous en trouve un", il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux réseaux sociaux.

Si vous ne savez que penser de la sortie d’Emmanuel Macron à ce jeune horticulteur, il faut aller sur Twitter dont les utilisateurs s’indignent ou se moquent depuis 24 heures des conseils emploi du président. "Traverse la rue avec manu", ricane la toile. Et ce matin le Huffington Post recense les montages photos qui raillent la formule présidentielle. Les Beatles traversant le passage piéton d’Abbey Road, au chômage les Beatles et le logo du pôle emploi transformé en un panneau passage piéton. Que de colère et de sarcasmes déchaînés pour avoir seulement suggéré à ce jeune homme de rejoindre le secteur de la restauration ! Le président est tout bonnement sorti des clous de la compassion médiatique et bien pensante au nom du réalisme économique. En vérité, en évoquant avec maladresse le cas particulier de ce jeune chômeur, le président avait sans doute en tête ces 130.000 emplois vacants dans la restauration rappelé ce matin par Marianne.fr. Sur le fond, le président a raison. Le bâtiment, la restauration et l’hôtellerie recrutent. Mais sur la manière, il a tort lui rappelle ce matin Guillaume tabard dans le Figaro "en début de mandat, on aurait encensé le président et son parler vrai" mais aujourd’hui les réseaux sociaux s’emballent sur cette nouvelle engueulade, sur l’arrogance macronienne. "C’est sur sa capacité à être écouté et non approuvé que Macron doit travailler".

Travailler, toujours travailler, à la Une de la Dépêche du Midi, de l’Alsace et du Bien Public on parle aussi boulot.

Les robots vont-ils voler nos emplois ? S’interroge Le Bien Public et L’Alsace qui évoque ces machines intelligentes qui pourraient bien traverser la rue plus vite que nous pour nous piquer nos jobs. À la Une de Sud Ouest, on s’alarme : Offres d’emploi gare aux annonces bidons et le quotidien régional raconte comment Gaëlle à Montauban a postulé pour un job de caissière via une annonce bidon publiée sur le site de Pôle Emploi. On lui demande ses coordonnées et son numéro de sécu, et on lui annonce même une avance sur salaire pour la mettre en confiance avant de tenter de lui extorquer 1.000 euros. Pôle emploi a beau mobiliser 4.300 conseillers pour faire le tri, les annonces bidons prolifèrent. Alors pour éviter les arnaques, ne jamais envoyer d’argent au recruteur conseille la Dépêche du Midi, et David Abiker en ajoutei un autre, parfois il faut quitter son écran, traverser la rue pour s’assurer que l’entreprise existe belle et bien.

Les Échos du jour donnent aux chômeurs un autre conseil : s’intéresser au secteur de la vente à domicile, en croissance de 5% par an. Tupperware, Thermomix, Herbalife, la vente à domicile cartonne grâce à internet et occupe 650.000 personnes en France dont 40% à plein temps.

On parle boulot car c’est lundi mais à quoi bon traverser la rue pour chercher du boulot si c’est pour tomber sur un job à la con ?Libération a interrogé l’anthropologue David Graeber sur le travail contemporain, 10 ans après la crise financière de 2008. Libération dresse avec lui la liste des Bulschitts Jobs, les jobs à la con triés en cinq familles. Tout d'abord le larbin que l’on emploie pour se donner le sentiment d’être important, le porte-flingue qui incite les autres à consommer, le rafistoleur qui règle les problèmes que l’on persiste à ne pas résoudre, le cocheur de cases qui inspecte les travaux finis et enfin les petits chefs qui donnent des ordres mais n’en foutent pas une. David Graeber a juste oublié une dernière catégorie : l’universitaire américain qui regarde le boulot les autres avec une forme de mépris, une spécialité dont les Français n’ont donc pas le monopole et qui ferait dire à Michel Audiard qu’un type qui traverse la rue ira toujours plus loin qu’un intellectuel assis.