Italie: l'Europe retient son souffle et Macron aussi

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La photo de Paris Match est une chronique de l'émission Europe Matin - Week-end - 6h-9h
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

L’Italie aux mains des europhobes

La Ligue du Nord et le Mouvement Cinq Etoiles ont donc un accord de gouvernement depuis hier soir. Bruxelles, Paris et Berlin vivent cette épreuve comme un cauchemar. 

Il reste encore deux derniers obstacles à franchir et il n’y aura plus qu’à faire avec, comme on dit, c’est-à-dire vivre et composer ces prochaines années avec la quatrième puissance d’Europe dirigée par une coalition hostile à l’Europe et à son projet. Le premier obstacle, c’est la désignation par les deux forces politiques d’un chef de gouvernement. Plusieurs scénarios ont été échafaudés : une alternance entre les 5 Etoiles et la Ligue à la présidence du Conseil, une personnalité indépendante qui fasse consensus dans les deux parties, un technocrate qui ne soit là que pour valider les décisions prises en coulisses mais qui ne pourrait donc pas vraiment animer politiquement le gouvernement. On a longuement évoqué également les pouvoirs du président de la République, Sergio Matarella, qui aurait exigé de la future équipe de garantir le maintien de l’Italie dans l’Union européenne, faute de quoi il ne validerait pas la désignation d’un premier ministre de coalition europhobe. Apparemment, la menace a été prise au sérieux.

C’est-à-dire ? La coalition a fini par reculer ?

En fait aucun des deux partis n’avait clairement appelé à quitter l’Europe. Les 5 étoiles ont bien compris que les Italiens ne le souhaitaient pas et se sont donc abstenu de maintenir leur projet de départ qui était de proposer un référendum sur le maintien de l’Italie dans la zone euro. Quant à la Ligue du Nord, elle aussi a mis de l’eau dans son chianti. Elle aussi voulait une sortie du mark, c’est comme ça qu’elle qualifie l’euro. Mais aujourd’hui, elle ne parle plus que de sortir des critères de Maastricht. En tout cas, dans la plateforme de 40 pages qui circule ces dernières heures, aucun des 22 axes de gouvernement ne fait clairement allusion à un désengagement de l’Europe. Et c’est là qu’existe un deuxième obstacle : les deux mouvements ont promis de solliciter leurs électeurs pour appuyer ce programme commun. Il n’est pas certain qu’ils l’obtiennent s’il n’y a pas, clairement exprimé, une prise de distance avec l’Europe.

Mais alors qu’est ce qui inquiète Bruxelles et le couple franco-allemand ?

Le fait que jusqu’à présent, l’Italie, en tant que pays cofondateur de l'Union européenne, a toujours été globalement favorable à une poursuite de l’intégration européenne. Y compris au pire de la crise migratoire entre Rome et ses partenaires sur le manque de solidarité face aux réfugiés. Or là, on se retrouve avec une association des deux partis les plus anti-européens d’Italie, une coalition qui peut ralentir, freiner voire bloquer tout progrès des Européens pour aller de l’avant. Accessoirement, les deux partis europhobes ont promis qu’ils voteraient une levée des sanctions contre la Russie. On a donc là réunis le pire de Le Pen, Trump et Poutine réunis. Pour Emmanuel Macron qui s’est fait le porte-drapeau de l’Europe en marche, le défi est immense.