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Rapprochement entre Renault et Fiat/Chrysler : et si c’était une prise de contrôle rampante par la famille Agnelli ?

L'édito éco

28 mai 2019

Episode - 00 minutes - Économie

Description de l'épisode

Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.


Le contrôle de Renault est-il en train de passer du côté italien? C’est la question que pose le projet de mariage avec Fiat-Chrysler.

Oui car premièrement, il ne faut pas oublier que c’est Fiat-Chrysler qui a pris l’initiative de ce mariage et l’a proposé à Renault, et non l’inverse. C’est donc bien la partie italienne qui est à la manœuvre dans cette affaire. Et deuxièmement, les termes du deal proposé aboutiraient à ce que la famille Agnelli devienne le principal actionnaire du nouveau géant européen de l’automobile avec 15% du capital tandis que les parts de l’État français et de Nissan seraient réduites à 7,5% chacun. Il y aurait donc clairement une perte d’influence pour la partie française. Le centre de gravité du nouveau groupe pencherait plus vers Turin que vers Boulogne. Un risque que l’État français est prêt à assumer au nom d’un intérêt européen supérieur: il faut créer des champions européens, chaque marché national étant trop petit.

Et la famille Agnelli n’est pas non plus un repoussoir ?

Non, loin s’en faut! L’héritier de la famille, John Elkann, a tout pour séduire en France. Il a fait ses études secondaire au Lycée Victor Duruy à Paris, il y a même été délégué de classe. Il parle français à ses enfants. Sa triple culture américaine (il est né à New York), française et bien sûr italienne ont incontestablement facilité la bonne entente avec le nouveau président de Renault Jean-Dominique Senard. L’autre raison qui pousse Renault à envisager de dire oui à ce mariage 50-50 avec Fiat-Chrysler, c’est que l’autre projet de fusion, celui avec Nissan, a du plomb dans l’aile. Nissan a clairement fait savoir qu’il n’en voulait pas. Puisque le Japonais ne veut pas se marier, pourquoi pas l’Italien? D’autant que les synergies entre les deux sont plus fortes a priori qu’avec le Japonais: elles sont évaluées à cinq milliards d’euros en six ans ce qui est considérable.

Malgré tout, l’opération est risquée ?

Oui, chez Nissan, dont Renault contrôle toujours 43% du capital, on regarde d’un œil dubitatif voire inquiet cette alliance du français avec Fiat-Chrysler. Pour une bonne raison: Renault va se retrouver fusionné avec Chrysler qui est un concurrent frontal de Nissan sur le marché américain, un marché où Nissan est très implanté mais en difficulté. Ça risque de créer des tensions supplémentaires dans l’alliance. Nissan craint aussi que Fiat Chrysler, qui a très peu investi ces dernières années, ne pille sa technologie car il est très en retard dans l’électrique notamment. Il faudra tout le tact et la diplomatie de Jean-Dominique Senard et de John Elkann pour faire aboutir ce méga-projet de fusion et déjouer les pièges qui se présentent sur sa route.

 

 

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