Privatisation d'ADP : "Renoncer pour des raisons idéologiques est un raisonnement à courte vue"

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L'édito économique est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique

 

Aéroports de Paris sera peut-être jamais privatisé. En revanche, à Londres, on n’a pas d’état d’âme pour confier les clés d’un aéroport à un étranger.

Et même à un Français puisque le groupe Vinci, vilipendé de ce côté de la Manche à cause des tarifs d’autoroutes, est accueilli à bras ouverts par les Anglais. Vinci a officiellement pris le contrôle hier du grand aéroport londonien de Gatwick. C’est une acquisition définitive, même pas une concession. Vinci a mis 3,2 milliards d’euros sur la table pour prendre le contrôle majoritaire de cet aéroport qui accueille 46 millions de passagers par an, ce qui le situe entre Orly, 33 millions de passagers et Roissy, 72 millions.

Comme quoi, nul n’est prophète en son pays, les Anglais veulent bien de Vinci pour gérer un aéroport majeur, en France, on se méfie.

Oui, il y a beaucoup d’a priori là-dedans. Avec l’acquisition de Gatwick, Vinci devient le deuxième opérateur d’aéroports du monde et le premier acteur privé mondial. Il gère 46 aéroports un peu partout, jusqu’au Japon avec l’aéroport du Kansai, construit à la fin des années 90 sur une île artificielle au large d’Osaka. Mais aussi dans des pays de cultures aussi différentes que le Cambodge, le Portugal, les Etats-Unis ou le Brésil… En France il possède 12 aéroports régionaux dont Nantes Atlantique et Lyon-Saint Exupéry. A Lyon, par exemple, la croissance du trafic a doublé depuis que Vinci est aux manettes.

Et pourtant, alors que le privé a fait ses preuves partout dans le monde dans la gestion des aéroports, y compris dans plusieurs grandes villes françaises, l’idée même de privatiser ADP heurte encore une partie de l’opinion.

C’est peut-être aussi une question d’image.

Oui les grandes entreprises comme Vinci n’ont pas toujours bonne presse. On se dit aussi que le privé ne sera peut-être pas capable de s’engager sur plusieurs décennies contrairement à l’Etat. Mais c’est un tort. La France, depuis le XIXe siècle, a été pionnière dans le développement d’entreprises capables de gérer des concessions de très longue durée. Des groupes comme Veolia ou Suez sont des leaders mondiaux dans la gestion de l’eau et des déchets qui nécessitent des investissements sur très longue période. Vinci est un groupe de BTP qui s’est diversifié aussi dans les concessions et réalise maintenant 40% de son chiffre d’affaires à l’étranger.

La privatisation d’ADP aurait permis à un groupe français de se renforcer dans ce métier et donc d’être encore mieux armé pour conquérir de nouveaux marchés. Y renoncer pour des raisons idéologiques, c’est un raisonnement à courte vue. Pour une fois, nous ferions mieux de nous inspirer des Anglais.