Les taux de crédits immobiliers atteignent leur plus bas record

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique. Jeudi, il évoque la baisse des taux d'emprunt et la flambée des prix de l'immobilier.

C’est historique : jamais les taux des crédits immobiliers n’étaient tombés aussi bas. Selon les derniers chiffres de la Banque de France, en moyenne le taux d’un crédit immobilier à taux fixe à 15 ans est tombé à 1,50% en fin d’année dernière. Il était de 1,55% l’été dernier et de 1,60% il y a un an. Et on était encore à 2,5% il y a trois ans. Sur des grosses sommes, les différences sont importantes. C'est donc bonne nouvelle.

Il se dit néanmoins que les taux d’intérêt vont remonter et que ce sera bientôt moins intéressant d’emprunter. Mais pas de panique, les taux d’intérêt vont un peu remonter mais ce sera très lent. Le crédit immobilier va rester très avantageux. D'ailleurs on emprunte aujourd'hui à des taux inférieurs à l’inflation, ce qui veut dire que sur la durée du prêt, on rembourse moins que ce qu’on a emprunté, ce qui est rare.

Les Français l’ont très bien compris, ils empruntent massivement : le total de tous les prêts immobiliers dans notre pays vient de franchir la barre des 1.000 milliards d’euros pour la première fois, soit l’équivalent de la moitié de la dette de l’État.

Si les taux d'emprunt baissent, en revanche, l'immobilier est de plus en plus coûteux. Il y a une déconnexion très impressionnante entre l’évolution des revenus et celle des prix de l’immobilier. Depuis 2000, les prix des logements en France ont bondi de 70% en monnaie constante, c’est-à-dire en retirant l’inflation. Et dans le même temps, toujours hors inflation, le revenu disponible par ménage n’a progressé que de 3%. Le pouvoir d’achat réel des ménages n’a donc absolument pas suivi la flambée de l’immobilier. 

C’est tragique et c’est une des causes majeures, sans doute même la première, du sentiment d’appauvrissement ou de déclassement des classes moyennes. Avec le même niveau de revenu, le même niveau social qu’il y a vingt ans, on se loge beaucoup moins bien, on a perdu énormément en pouvoir d’achat immobilier. Quel que soit le niveau social, un instituteur, un médecin, un cadre supérieur se loge moins facilement aujourd'hui qu’il y a 20 ans. Et il y consacre une plus grande part de ses revenus.

La baisse des taux d’intérêt a longtemps masqué cela. Mais aujourd'hui, il est clair que les revenus ne suivent pas. Dans les grandes villes, les prix s’emballent : +8% l’an dernier à Lyon, +6% à Paris, presque autant à Nantes etc. Jamais vous ne voyez les revenus augmenter à ce rythme. C’est peut-être le problème social numéro 1 en France aujourd'hui.