Le Brexit pèse-t-il déjà sur l’industrie britannique ?

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique. Jeudi, il se décrypte les risques économiques d'un Brexit sans accord.

Après le rejet de l’accord de divorce amiable entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, Londres se prépare au pire et le Brexit risque de virer au chaos économique.

Comme pour le "bug de l'an 2000", le Brexit, tant qu’on n’y est pas, on ne sait pas comment ça va se passer mais on craint le pire. Sauf que le risque de chaos est plus important et après le vote du Parlement britannique, l’inquiétude grandit. Les Britanniques sont en train de recruter en catastrophe plus de 3.000 douaniers et 3.500 militaires vont aussi être mobilisés pour aider. On craint des quantités de marchandises bloquées en douane, des kilomètres de camions immobilisés, des pénuries dans les magasins britanniques...

Et pour les particuliers, les conséquences vont être concrètes. Par exemple, une fois que le Royaume-Uni sera sorti du marché unique du numérique, les Britanniques pourront perdre l’accès à certains services de streaming comme Netflix ou Spotify. Et quand ils achèteront un produit sur Internet, ils paieront une TVA plus élevée. Même chose pour les frais d’itinérance sur les téléphones portables qui redeviendront plus chers pour les Britanniques voyageant en Europe ou les Européens qui iront au Royaume-Uni. Il y a comme cela une multitude de conséquences concrètes qui vont vraiment empoisonner la vie.

Mais au-delà, l’économie britannique est déjà pénalisée par le Brexit alors qu’il n’a pas encore eu lieu. Depuis deux ans et demi (le référendum remonte à juin 2016), c’est comme si on avait administré un poison lent à l’économie du Royaume-Uni. Le secteur automobile, par exemple, a réduit d’un tiers ses investissements. L’industrie automobile britannique, qui exporte 80% de sa production, est en train s’atrophier.

Au début, ça ne se voit pas. On arrête simplement de moderniser les usines, on ne fait plus de projets, on décide de produire les futurs modèles ailleurs en Europe pour éviter les droits de douane. Les effets ne sont pas spectaculaires, mais un jour on se réveille et on réalise les dégâts. Les effets sur l’économie sont bien réels : la croissance a été amputée de deux points, soit 40 milliards de livres (environ 45 milliards d'euros). Les salaires stagnent. Et comme la livre a chuté, l’inflation est plus élevée, les produits importés sont plus chers, le pouvoir d’achat recule.

Toutes ces conséquences négatives avaient d’ailleurs été décrites par les économistes deux ans plus tôt mais une majorité de gens n’a pas voulu y croire. Aujourd’hui, l’opinion a changé : une nette majorité de Britanniques pense que le Brexit aura des effets négatifs contre seulement 30% qui pensent le contraire. Mais ils le réalisent un peu tard.