Entreprises françaises qui investissent à l'étranger : "Il faut y voir un signe de dynamisme, pas de fragilité"

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L'édito économique est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

 

On s’inquiète quand une entreprise française se fait racheter par un étranger, surtout s’il est Chinois. Mais il y a une autre réalité : les entreprises françaises rachètent des concurrents étrangers à tour de bras.

Oui, figurez-vous que ces deux dernières années, les entreprises françaises ont racheté pour 100 milliards de dollars d’entreprises étrangères. 100 milliards par an ! Soit, pour vous donner une idée, l’équivalent des profits annuels de toutes les entreprises du CAC 40 réunies. Ce sont des montants considérables, inégalés depuis 2008, qui montrent une vraie volonté de conquête. Autre surprise : nos entreprises ont acheté en premier lieu des entreprises américaines. Rien que depuis le début de l’année, 18 acquisitions d’entreprises étrangères ont été réalisées ou annoncées, selon les statistiques du cabinet Dealogic.

Ces acquisitions sont souvent le fait de grandes entreprises : le géant de la pharmacie Sanofi a par exemple mis près de 12 milliards de dollars sur la table pour racheter un spécialiste américain de l’hémophilie. L’année précédente, Danone avait racheté WhiteWave, un des leaders américains du bio. On peut citer aussi Air Liquide qui a également beaucoup investi aux Etats-Unis. 

Comment s’explique cette frénésie de rachats à l’étranger ?

Par une bonne et une moins bonne raison. La bonne raison, c’est que la Banque centrale européenne maintient des taux d’intérêt très bas. Les entreprises françaises qui veulent racheter un concurrent étranger ont donc accès à des conditions de financement très avantageuses. Soit dit en passant, c’est un bénéfice direct et très concret de l’Europe et de l’euro. L’autre moins bonne raison, c’est que les impôts, notamment l’impôt sur les sociétés, sont plus élevés en France que dans beaucoup d’autres pays. On peut donc voir aussi dans ces rachats une manière de développer des activités dans des zones moins taxées. On peut considérer qu’une part de ces rachats à l’étranger se fait au détriment d’investissements en France. C’est le revers de la médaille. 

Pourquoi les grandes entreprises françaises sont-elles plus conquérantes que les Allemandes ou les autres entreprises européennes ? 

Un : parce qu’il y a davantage de grandes entreprises en France, or ce sont surtout elles qui sont à l’offensive à l’étranger. C’est pour cette raison que les campagnes démagogiques de certains partis politiques que l’on voit en ce moment consistant à dénigrer le CAC 40 sont une aberration économique. Et deux, parce que les entreprises françaises hésitent moins à s’endetter, elles sont moins frileuses. Il faut y voir un signe de dynamisme, pas de fragilité.