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Grâce à son vaccin qui a été validé rapidement, le laboratoire américain Pfizer compte réaliser 15 milliards de dollars de ventes et des profits confortables. Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Grâce à son vaccin anti-Covid, le laboratoire américain Pfizer compte réaliser 15 milliards de dollars de ventes et des profits confortables.

15 milliards de dollars de ventes sur un seul produit, c’est ce que les labos pharmaceutiques appellent un "blockbuster". En l’occurrence, à ce niveau-là, ce sera probablement l’un des plus gros de l’histoire de cette industrie. Un blockbuster rentable puisque ce vaccin, vendu 19,5 dollars la dose aux États-Unis, devrait permettre à Pfizer et à la biotech allemande BioNTech qui l’a mis au point, de dégager année une marge avant impôts d’environ quatre milliards de dollars.

Des profits importants, car en en face, la recherche coûte cher.

Pfizer, par exemple, investit neuf milliards de dollars par an en recherche et développement. Sanofi, à titre de comparaison, dépense six milliards d’euros, soit plus de sept milliards de dollars, sur la recherche. Donc oui, ces profits sont vitaux pour maintenir l’effort de recherche des grands labos et on a tendance parfois l’oublier, voire à la critiquer, ce qui est absurde et finit par coûter très cher. L’expérience française depuis une vingtaine d’années est éclairante. Dans les années 1990 et jusqu’en 2008, la France était le premier producteur européen de médicaments. Nous ne sommes plus maintenant que 4e, derrière la Suisse, l’Allemagne et l’Italie. Les usines françaises ne produisent que 22% des médicaments remboursés par la Sécu, tout le reste est importé. Nous ne produisons même que 17% des médicaments hospitaliers et, avant la crise du Covid, seulement un quart de nos besoins en vaccins.

Pourquoi ce décrochage ?

D’abord parce que l’on a privilégié la réduction des prix des médicaments à la politique industrielle. Pour faire faire des économies à la Sécu, la loi de financement de la sécurité sociale fixe chaque année le montant de la dépense de médicaments et donc limite le chiffre d’affaires de l’industrie pharmaceutique. En 2019, l’année précédant la crise du Covid, la loi a imposé une baisse de prix des médicaments de 900 millions d’euros et ces restrictions, forcément, pèsent ensuite sur les investissements des labos. Alors que chez nos voisins européens, la croissance du chiffre d’affaires de l’industrie des médicaments est de l’ordre de 3 à 4% par an, chez nous, elle est plafonnée à moins de 1% à cause des efforts réclamés sur les prix. Mais le résultat, nous le payons aujourd’hui : moins de profits, moins d’investissements, plus de délocalisations. C’est tout cela que la crise du Covid nous amène à revoir d’urgence. Si nous ne voulons pas décrocher définitivement.