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Ce mercredi, le Premier ministre a annoncé la prolongation du chômage partiel. Une mesure généreuse qui bénéficie aux employeurs comme aux salariés. Cependant, le chômage partiel coûte plus d’un milliard d’euros par mois, à l’Etat et à l’Unedic, c’est considérable. Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Ce mercredi, le Premier ministre a annoncé la prolongation du chômage partiel. Une mesure généreuse qui bénéficie aux employeurs comme aux salariés. Mais est-elle vraiment pertinente ?

Le chômage partiel coûte plus d’un milliard d’euros par mois, à l’Etat et à l’Unedic, c’est considérable, donc en effet le débat mérite d’être posé. Faut-il le prolonger ? Combien de temps ? Or curieusement, ce débat est complètement escamoté.

Pour quelle raison ?

Il faut bien dire que le chômage partiel arrange tout le monde: ça permet d’éviter des plans de licenciements massifs puisque c’est la collectivité qui prend en charge la plus grande partie des salaires. C’est donc une aide pour les entreprises et une protection pour les salariés qui, grâce à cela, conservent leur emploi. On comprend aussi que dans un contexte de reprise pour le moins très incertaine et de forte poussée du chômage, le gouvernement hésite à débrancher le dispositif. Il sera donc prolongé jusqu’au 1er novembre et même davantage pour les secteurs les plus touchés par la crise.

Mais en quoi est-ce critiquable ?

Il y a d’abord un risque d’effet morphine : ce dispositif maintient à flot des entreprises qui devraient se restructurer mais qui reportent l’échéance, on les qualifie parfois "d’entreprises zombies". Ce n’est pas une bonne chose parce que ça ne fait souvent que retarder une échéance fatale et ça engloutit beaucoup d’argent public qui aurait pu être mieux investi que dans la survie artificielle d’une entreprise déjà mal en point avant la crise. En Allemagne, le comité des cinq sages, qui comprend cinq économistes très écoutés, a soulevé la question et critiqué le choix du gouvernement Merkel de prolonger le chômage partiel. D’ailleurs là-bas, il a été prolongé de deux ans, jusqu’à la fin 2021, ce qui laisse penser qu’en France, on ira aussi sans doute au-delà des échéances fixées hier par le Premier ministre.

Mais malgré cet "effet morphine", est-ce une raison pour arrêter plus tôt le chômage partiel ?

L’arrêter plus tôt non, nous ne sommes pas les Etats-Unis, un pays où on accepte une hausse massive du chômage et beaucoup de faillites en faisant le pari que le rebond sera plus rapide. Nous n’avons pas cette mentalité libérale. En revanche, rien n’empêche de mieux contrôler le chômage partiel. Car c’est l’autre critique que l’on peut faire à ce dispositif extrêmement coûteux : certaines entreprises, notamment dans les services, abusent du système en continuant à faire travailler des salariés qui sont officiellement en chômage partiel. Un système généreux, forcément ça crée des tentations.