Brexit sans accord : "Une feuille de route est prête pour le jour d’après le chaos, le 'Project After'"

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L'édito économique est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Theresa May était hier à Bruxelles pour tenter de rouvrir la négociation sur le Brexit. Pendant ce temps à Londres, un plan secret est en préparation en cas de "hard Brexit"

Ce plan révélé par le Financial Times s’intitule "Project After", c’est une feuille de route pour le jour d’après le chaos, c’est-à-dire le jour d’après un Brexit sans accord. Il a été préparé dans le plus grand secret depuis des mois par Mark Sedwill, le patron de l’administration britannique, avec les plus hauts fonctionnaires du Royaume. L’équipe du "Project After" est directement rattachée au cabinet de Theresa May. C’est un plan de guerre. Un de ces hauts fonctionnaires résume : "c’est une liste des leviers à actionner d’urgence en cas de chaos économique". Car le chaos, c’est bien cela que l’on redoute à Londres aujourd’hui, au plus haut niveau.

D’ailleurs la banque centrale a sonné l’alarme hier

Oui parce que la moitié des chefs d’entreprises qu’elle a sondé ne sont pas préparés au "hard Brexit". Et parce qu’elle s’attend à des tensions extrêmes sur la livre sterling, les marchés financiers, la Bourse. Alors quels leviers actionner en cas de scénario noir ? Une première piste consisterait à baisser massivement les droits de douane et les taxes pour amortir le choc. Ce qui creuserait immédiatement et lourdement le déficit du budget britannique. Des aides seraient aussi débloquées pour venir au secours des secteurs les plus directement exposés : l’agriculture, l’automobile, l’industrie pharmaceutique. Enfin à un peu plus long terme, l’idée serait de jouer la stratégie de Singapour.

C’est-à-dire ?

Un plan de déréglementation massif, du droit du travail aux normes sur l’environnement. Pour faire du Royaume-Uni une économie très dérégulée, une sorte d’anti-Union Européenne aux portes de l’Europe. Un "Singapour sur la Tamise", comme on dit déjà à Londres. De façon à attirer les investisseurs étrangers. Une stratégie qui peut marcher à l’échelle d’un petit Etat comme Singapour mais qui est beaucoup risquée et hasardeuse à l’échelle d’un pays comme le Royaume Uni. D’autant que Singapour mêle dérégulation et régime autoritaire sur le plan politique, loin de l’idéal démocratique libéral britannique. Theresa May voit s’approcher le cauchemar d’un "hard Brexit". Mais comme on l’a vu encore hier à Bruxelles, elle ne sait pas comment l’éviter et ne met aucune idée nouvelle sur la table. C’est de plus en plus inquiétant.