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Alors que les négociations autour du Brexit semblent au point mort, le risque du "No Deal" se profile, un gros risque pour notre économie. Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Coup de théâtre à Londres ! Le gouvernement de Boris Johnson veut remettre en cause l’accord de divorce qu’il a conclu avec l’Union européenne il y a un an, au risque de provoquer un Brexit sans accord.

C’est absolument sidérant. La Grande-Bretagne serait donc prête à s’asseoir sur le traité qu’elle a signé avec les 27. Passons sur le fait que "global Britain" aura ensuite un peu de mal à faire la leçon aux Chinois qui ne respectent pas le traité de rétrocession de Hong Kong. Les Anglais font la même chose sauf que là, les conséquences sont beaucoup plus sérieuses pour eux. Si les Britanniques remettent en cause l’accord de retrait de l’Union européenne, ils ne pourront conclure de partenariat commercial avec l’Europe pour gérer l’après-Brexit.

On aura donc, le 1er janvier prochain, un Brexit sans accord, un "no deal".

Boris Johnson joue les braves, il laisse dire qu’il préférerait un "no deal" plutôt que le traité signé l’an dernier qui impose un contrôle sur les flux de marchandises avec l’Irlande du Nord. Il y a une part de bluff là-dedans. La crise du Covid a considérablement affaibli l’économie britannique. La croissance a chuté de 20% au deuxième trimestre. La pandémie a effacé d’un coup 17 ans de croissance. Aucune économie développée n’a fait pire ! En outre, les conséquences de la crise sur l’emploi sont plus importantes que sur le continent européen à cause du poids des services dans l’économie. Dans ce contexte, rajouter la perspective d’un "no deal", c’est se tirer une balle supplémentaire dans le pied.

Ça inquiète aussi de ce côté de la frontière.

Nous n’avons absolument pas intérêt à un "no deal". Ce serait une catastrophe pour la pêche, 30% des captures européennes se font dans les eaux britanniques. Le coup serait très dur pour l’agriculture, c’est notre 3e client avec un excédent de trois milliards d’euros par an. Et même notre deuxième client dans les vins et spiritueux. Au total, 30.000 entreprises françaises exportent au Royaume-Uni et se retrouveraient avec des droits de douane et des contraintes administratives sans fin. Il reste à peine quelques semaines pour conclure. En attendant, la livre sterling a fortement chuté ce lundi, un signe d’inquiétude qui ne trompe pas.