Vaccination contre le Covid-19 : Carotte ou bâton, le nouveau défi de l’exécutif

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© Europe 1
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Jean Castex tiendra ce jeudi soir une nouvelle conférence de presse pour faire le point sur la situation sanitaire dans le pays. Le Premier ministre, qui pourrait annoncer le confinement le week-end du département du Pas-de-Calais, est chargé des "mauvaises nouvelles", quand le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, apporte lui des messages d'espoirs.

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a évoqué hier un retour à "une vie plus normale" peut-être "dès la mi-avril". Mais ce soir, le Premier ministre pourrait durcir le ton.

Vous connaissez la technique du talon-pointe ? 

Oui, c’est un truc de pilote automobile, c’est ça ? 

Exactement, c’est une technique qui consiste, dans certaines circonstances, à accélérer et à freiner en même temps. Si c’est bien fait, ça permet de bien négocier un virage et de gagner de précieuses secondes ; sinon, vous allez dans le décor. Eh bien voilà : le gouvernement est en train de tester le talon-pointe. 

Avec deux discours différents, c’est ça ? L’un optimiste et l’autre plus sévère ?

Voilà. L’un qui vend du rêve pour dans 6 semaines (c’est Gabriel Attal, dans la roue d’Emmanuel Macron qui le disait au début de la semaine). L’autre qui nous promet des souffrances d’ici-là, avec Jean Castex. C’est, en matière de communication politique (comme en pilotage automobile) un vrai défi, et on verra ce soir si le Premier ministre réussit à sauver l’idée qu’on ne doit rien relâcher. Parce que son problème, notre problème, c’est le mois de mars. Un mois avec un sacré creux dans la montée en charge de la vaccination. Les chiffres sont en réalité désastreux. 

Qu’est-ce qui ne marche pas ?

On ne vaccine pas assez. Or, on ne retrouvera une vie normale que si les Français sont suffisamment vaccinés. On a des stocks insensés de vaccins AstraZeneca. La communication sur ce vaccin a été négative et aussi répulsive que celle à destination des anti-vaccins à la fin de l’an dernier. Résultat, pas assez de candidats. Et puis la France a mis en place une telle usine à gaz (en particulier pour la vaccination par les médecins) que, même si des millions de doses arrivent désormais, ça traîne, ça coince. Et chaque dose qui reste dans un frigo, c’est potentiellement un malade de plus. Rien que cette idée devrait être insupportable.

Et ce retard est rattrapable ? 

En tout cas, un proche d’Emmanuel Macron me disait hier que le chef de l’Etat a tapé du poing sur la table et exigé "qu’on y aille à fond" dès ce week-end. C’est d’ailleurs aberrant qu’on ne vaccine pas pied au plancher, partout sur le territoire, 12 heures par jour, samedi et dimanche compris. De même qu’il est aberrant de voir l’attitude de bien des personnels soignants dans les hôpitaux. 

Vous parlez de ceux qui refusent de se faire vacciner ?

Oui, je parle de ce scandale hospitalier : le Covid est devenu la première maladie nosocomiale, et donc transmise à l’intérieur des unités de soins, le plus souvent par des soignants. Ils sont 2 sur 3 à ne pas être vaccinés alors que les doses sont à leur disposition. Il y a un an, on tapait dans des casseroles tous les soirs pour remercier et encourager les personnels des hôpitaux. On devrait recommencer, tous les soirs, mais cette fois pour dire notre exigence qu’ils se fassent vacciner. Et si ça ne suffit pas, que le gouvernement agisse et rende la vaccination obligatoire pour eux.