Taxe d'habitation : "Une nouvelle fois, le gouvernement s’est pris les pieds dans le tapis sur une réforme fiscale"

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L'édito éco est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Chaque samedi et dimanche, Nicolas Beytout, directeur du journal "L'Opinion", donne son avis sur l'actualité de la semaine.

Bonjour Nicolas, cette semaine vous n’avez pas aimé le pataquès sur la taxe d’habitation.

Oui, une nouvelle fois, le gouvernement s’est pris les pieds dans le tapis sur une réforme fiscale. Déjà, au début de cette année, il avait assuré que les impôts baissaient alors que c’est l’inverse qui s’était produit, à cause de la hausse de la CSG. Ça avait donné lieu à un spectaculaire bras de fer avec l’Insee, qui avait contesté la version du gouvernement et mis sa crédibilité dans la balance. C’était donc allé très loin, et le gouvernement avait fini par expliquer que, bon, cette baisse de la pression fiscale, elle serait perceptible à la fin 2018, avec la première tranche de réduction de la taxe d’habitation, et avec la suppression des cotisations-chômage. A l’époque, le gouvernement avait dit aux Français : patience.

Patience en attendant la nouvelle taxe d’habitation qui arrive ces jours-ci dans les boîtes aux lettres.

Exactement, avec, c’est vrai, des baisses de 30% de cette taxe pour des millions de Français. Mais pas pour tout le monde, et c’est là que ça commence à faire pataquès. Il y a d’abord ceux qui avaient été dès l’origine exclus de la réforme, les 20% de Français les plus riches, ou plutôt, les 20% de Français "les moins modestes", comme le dit désormais le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. A 27.000 euros par an pour une personne seule, c’est-à-dire le seuil à partir duquel on n’a pas droit à la baisse de la taxe d'habitation, difficile de dire qu’on est riche. Première difficulté.

Et puis, et ça c’est la mauvaise surprise, il y a des millions de contribuables qui auront moins de 30% de baisse de leur taxe. Parce que leur situation familiale aura changé ou parce que les villes auront de leur côté augmenté les impôts. Et c’est là qu’on comprend l’absurdité de cette réforme. La taxe d’habitation est un impôt qui va aux villes, aux villages, aux communes, pas à l’Etat. Quand le gouvernement réduit cette taxe, il marche sur les plates-bandes des communes. C’est à elles, normalement, de décider du montant des taxes qu’elles veulent imposer à leurs habitants. Et c’est ce que beaucoup de communes ont fait : elles ont relevé leurs impôts, ce qui annule une partie de la baisse décidée par le gouvernement.

Mais c’est une minorité de communes.

Une sur six, quand même. Gérald Darmanin a tort de balayer ça d’un revers de main. Et puis je rappelle que si la taxe d’habitation est réduite pour des millions de Français, il va bien falloir trouver cet argent ailleurs.

Vous voulez dire qu’il y aura des augmentations d’impôts ailleurs ?

Bien sûr. Et il y a une nouvelle formule magique pour ça. Très longtemps, on a dit, à chaque augmentation d’impôt : "Justice fiscale". Désormais, on dit "Fiscalité écologique". Ah le beau prétexte que voilà. Des taxes, un peu partout, qui augmentent régulièrement : sous le quinquennat précédent, 10 milliards. Et c’est parti pour être au moins ça avec Emmanuel Macron. Les hausses de la taxe sur les produits pétroliers vont déjà permettre d’engranger 2 milliards supplémentaires. Avec la taxe carbone, la "contribution climat énergie" comme on l’appelle, on va frôler les 6 milliards.

Et au total sur le quinquennat, ces taxes vertes pourraient atteindre les 25 milliards. L’écologie, c’est sûrement un sujet, mais croyez moi : la planète a bon dos.