Surveillance des ministres par Emmanuel Macron : "Se doter des moyens d’être efficace et productif est normal"

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Stages de motivation, séminaires, meetings...Emmanuel Macron n’hésite pas à utiliser les outils de l’entreprise pour aider à la décision publique.

Depuis la rentrée, Emmanuel Macron a remis la pression sur ses ministres et sa majorité. C’est plus fort que lui ? C’est le retour de Jupiter ?

Il y a sûrement de ça, oui. Je ne sais pas si c’est sa façon de prendre de la hauteur, mais son côté chef qui voit tout et qui dirige tout semble être nettement ressorti ces jours-ci. Le gouvernement s’est fait tancer en Conseil des ministres, les parlementaires se sont fait chapitrer sur les sujets touchy du moment. Le boss (comme l’appelait sa petite équipe des débuts de la marche vers l’Elysée) le boss est là, et bien là.

Il utilise même une appli pour surveiller le travail du gouvernement.

Oui, mais ce qui est intéressant, c’est qu’il semble bien que son usage par le chef de l’Etat ne soit pas si récent que ça. Cela fait plusieurs mois que cet outil existe, et il est probable que l’Elysée a laissé filer l’information, façon là encore de bien illustrer le message du chef qui regarde et évalue ses ministres. Pour le reste, on sait depuis toujours qu’Emmanuel Macron n’hésite pas à utiliser les outils de l’entreprise pour aider à la décision publique. On a souvent moqué le langage très start up ou management international utilisé par la macronie. Les stages de motivation, les séminaires, les meetings, toute cette panoplie très business que la génération des néophytes en politique qui ont suivi Macron connaissaient dans leur vie professionnelle d’avant.

Tous ceux, par exemple, qui ont participé à l’élaboration des ordonnances sociales (un des premiers grands dossiers du nouveau quinquennat) avaient été frappés par les immenses tableau de bord utilisés par ceux qui étaient en charge de cette réforme.

En somme, ce n’est pas près de s’arrêter !

Sûrement pas, non. Mais est-ce que c’est choquant ? Non, évidemment. Je sais bien que la politique et l’entreprise sont deux choses différentes, qu’il y a la sphère de l’intérêt privé d’un côté et la noblesse de l’intérêt général de l’autre. Mais, dans un monde où la prise de décision est devenue incroyablement complexe, où la moindre décision déclenche des interactions qui se mêlent à l’infini, se doter des moyens d’être efficace, d’être productif, est normal. Et puis, rappelons-nous : Emmanuel Macron n’a pas de corpus idéologique. Son credo, c’est l’efficacité. C’est là-dessus qu’il a fondé son principe de dégagisme. Il sait que les majorités précédentes ont échoué sur le manque de résultat. Et que c’est là-dessus qu’il sera jugé.

Donc ses ministres sont prévenus : le chef les surveille

Oui et même les rudoie. Mais, il ne faut pas faire d’angélisme. La politique est un monde violent, très violent, dans lequel il n’y a pas de place pour les Bisounours. Et puis, que le Président secoue ses ministres n’est pas vraiment une nouveauté. Nicolas Sarkozy avait un défaut : il engueulait tout le monde. Quant à François Hollande, c’est par derrière, dans ses confidences aux journalistes qu’il cassait ses collaborateurs. Pas sûr que ce soit préférable.